Au croisement des disciplines et des expertises (économie, philosophie, sociologie, GRH…), le groupe qui a travaillé sur le partage des richesses et les inégalités a établi un diagnostic précis sur l’évolution des salaires nets en France, le creusement des inégalités de revenus, en analysant en particulier la situation par catégories de salariés, et l’explosion des plus hautes rémunérations, qui viennent accentuer encore l’ampleur des inégalités de patrimoines entre les ménages.

Que constate-t-on depuis 2002? Les choix économiques et fiscaux, loin de permettre une amélioration de la situation, sont devenus des facteurs aggravants de ces inégalités. Ces évolutions préoccupantes mettent à mal la cohésion sociale, ainsi que le pacte républicain et intergénérationnel.

Le groupe propose donc des mesures fortes, sur la question des salaires, de la fiscalité et de la gouvernance des entreprises.

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Le partage des richesses et les moyens de corriger les inégalités

Remis le 13 mai à l’Elysée, le rapport du Directeur général de l’Insee, Jean-Philippe Cotis, sur le « Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France », a relancé le débat sur le partage des profits.

« Tout va très bien M. Sarkozy », a en quelque sorte expliqué Jean-Philippe Cotis : depuis 20 ans, la part des salaires serait restée stable dans la valeur ajoutée. Mais une question fondamentale demeure pour la gauche et nombre d’économistes : de quoi parle-ton? Quelle valeur ajoutée est ici mesurée ? La valeur ajoutée (VA) nette, brute ou «ajoutée au coût des facteurs de productions» ? Une nuance dans les mots qui pèse sur les chiffres car, selon la définition adoptée, on passe sur la même période d’une quasi stabilité de la part des salaires à une chute de plusieurs points. Ce rapport, comme d’autres avant lui, accrédite l’idée que la question salariale n’est pas en soi décisive. Pourtant, il est évident que la faiblesse des salaires contribue à la diminution du pouvoir d’achat et donc à la compression de la consommation et de la demande globale.

Depuis le début de son mandat, le Président de la République est resté sourd aux revendications des salariés. Le Gouvernement a refusé tout véritable coup de pouce au salaire minimum. Le chef de l’Etat s’est contenté d’annoncer, en pleine polémique sur la rémunération des banquiers, qu’en cas de blocage des négociations entre les partenaires sociaux, l’Etat prendrait « ses responsabilités » en légiférant, émettant même l’hypothèse d’un projet de loi « à l’été ». Nicolas Sarkozy souhaitait notamment appliquer la règle des « trois tiers » : « un tiers des bénéfices aux salariés, un tiers aux actionnaires sous forme de dividendes et un tiers réinvesti dans l’entreprise
pour financer son développement ». La répartition de la valeur ajoutée entre salaire et profit ne serait pas directement impactée par la mise en oeuvre de la règle des trois tiers, celle-ci ne concernant que le partage des profits. Par ailleurs, le partage des profits en trois tiers, avec un tiers pour les salariés, ne pourrait intervenir que grâce à des accords de participation, excluant de fait les salariés des entreprises de moins de 50 salariés et l’ensemble des agents publics, ou grâce à des accords d’intéressement, facultatifs. Tous les employeurs et tous les salariés ne seraient donc pas concernés(1).

En réalité, suite à l’annonce du chef de l’Etat sur la « règle des trois tiers », rien de nouveau ne s’est produit… Aucune mesure n’a été mise en œuvre pour permettre une meilleure répartition des richesses, ni d’ailleurs pour œuvrer à la régulation du système financier. Le bon diagnostic n’étant pas établi, rien de sérieux n’est fait pour que la finance soit remise au service de l’économie réelle. Les phénomènes de répartitions des richesses toujours plus injustes et les dérives financières continuent de se nourrir les uns les autres, sans que le pouvoir n’ait pris conscience de l’urgence économique et sociale de la période. Les sommets du G20 aboutissent à des propositions partielles, peu suivies de mesures concrètes, par exemple en matière de limitation des hyper-rémunérations. Les paradis fiscaux continuent d’exister, au fur et à mesure que la liste grise de l’OCDE est vidée de sa substance. Pendant l’été, en Europe comme aux Etats-Unis, les dérives financières ont repris de plus belle, notamment en matière de rémunérations, alors même que des centaines de milliards de dollars/d’euros ont été mis à disposition des banques par les contribuables et que le crédit reste largement bloqué.

Le groupe « Partage des richesses » du Laboratoire des idées s’est donné deux objectifs, auxquels cette note doit contribuer : établir un diagnostic fiable sur la réalité du partage des richesses et proposer des pistes de réflexion pour rééquilibrer demain les termes de ce partage, dans le sens d’une plus grande justice sociale et fiscale. Lire la suite de la note

Synthèse des pistes de réflexion et des propositions

1) Aujourd’hui déséquilibré en défaveur des salariés, le partage des richesses risque de se déformer plus fortement dans les années à venir, ce qui comprimerait encore davantage le niveau des salaires nets. La clarté du débat public exige de modifier la façon dont l’évolution du partage de la valeur ajoutée (VA) est appréciée. Il n’est plus possible aujourd’hui de s’en tenir à la vision binaire traditionnelle d’un simple partage entre capital et travail. Les cotisations sociales (salariales et patronales) finançant un système de protection sociale de plus en plus universel, elles sont à juste titre de plus en plus dissociées dans l’esprit des salariés de la notion de salaire proprement dite.

⇒ C’est l’évolution du partage de la valeur ajoutée en trois parts qui doit désormais être mesurée : la rémunération nette des salariés ; les cotisations sociales et impôts perçus sur les entreprises qui financent les fonctions collectives ; et enfin les profits des entreprises, nets d’impôts. Les modes de calculs actuels, ainsi que ceux mis en avant par le rapport Cotis précité, occultent la baisse de la part des salaires nets dans la valeur ajoutée. Cette question se trouve pourtant au cœur des difficultés ressenties par les salariés en matière de pouvoir d’achat.

L’analyse de l’évolution des inégalités de revenu entre les catégories socioprofessionnelles doit se doubler de la prise en compte de la montée des inégalités croissantes entre les générations. En 1975, les salariés quinquagénaires gagnaient en moyenne 15% de plus que les salariés de trente ans. Au début des années 2000, l’écart s’établit à plus de 40%. De toute évidence, les politiques de restriction salariale ont particulièrement touché les jeunes générations.

2) La « smicardisation » du salariat pèse lourdement sur la société française.

⇒ Pour mettre fin à cette dynamique d’écrasement par le bas de la hiérarchie des salaires, il est indispensable de revitaliser la négociation salariale de branche afin de permettre le déroulement de véritables « carrières salariales ». Pour relancer cette négociation, la première étape indispensable consiste à réduire le nombre des branches professionnelles.

Toutes les grilles de salaires doivent être actualisées selon une logique de qualifications et de reconnaissance des compétences des travailleurs.

Les allègements de cotisations sociales dont bénéficient massivement les entreprises doivent être conditionnées à la conclusion de négociations salariales annuelles de branches.

3) La question de l’individualisation des rémunérations dans l’entreprise (comme dans la fonction publique) ne constitue pas un sujet tabou pour les Socialistes. En revanche, ce mode de rémunération (existence d’une part variable à côté de la part fixe) doit, pour être acceptable, être fondé sur des règles claires, transparentes et fixées dans un cadre collectif protecteur des individus.

⇒ L’ensemble du droit du travail est fondé sur la reconnaissance de la dissymétrie entre le salarié et l’employeur. Les nouveaux modes de management ne doivent pas entraîner l’accentuation de cette dissymétrie fondamentale. Des mécanismes de recours et des garanties individuelles doivent être mis en place par des accords collectifs négociés au niveau des branches et des entreprises, afin d’éviter les rémunérations « à la tête du client ».

4) La hausse rapide des très hautes rémunérations dans le secteur privé mine gravement la cohésion sociale, bien qu’elle ne concerne qu’une fraction infime des salariés et des dirigeants d’entreprises. Rien ou quasiment rien n’a été entrepris pour endiguer ce phénomène. Le décret (n°2009-348) du 30 mars 2009 (relatif aux conditions de rémunération des dirigeants des entreprises aidées par l’Etat ou bénéficiant du soutien de l’Etat du fait de la crise économique et des responsables des entreprises publiques) est apparu très en deçà des déclarations tonitruantes des membres de la majorité. Des règles claires et strictes doivent être édictées pour encadrer effectivement les plus hautes rémunérations, afin de revenir à des écarts de salaires acceptables dans l’entreprise.

Limitation drastique des bonus, qui ne doivent en aucun cas dépasser le montant du salaire fixe et doivent être accordés de manière transparente

Interdiction des « parachutes dorés »

Les stock-options ont vocation à être réservées aux entreprises naissantes

Plafonnement des écarts de rémunération dans les entreprises

⇒ Plus incitative encore, une contribution fiscale et/ou sociale forte au niveau des entreprises elles-mêmes peut être mise en place. Les rémunérations individuelles excédant un certain montant à déterminer (par exemple 100 000 euros annuels) pourraient faire l’objet d’une taxation plus élevée en matière de cotisations sociales patronales et ne seraient pas pris en compte en termes de déductibilité pour l’impôt sur les sociétés. Une seconde contribution (en matières de cotisations et d’impôt sur les sociétés), plus forte, pourrait s’appliquer aux rémunérations excédant par exemple 300000 euros annuels.

Obligation de publication des plus hautes rémunérations, y compris au sein des entreprises non cotées.

5) L’approche de Nicolas Sarkozy sur la question du pouvoir d’achat des salariés (via le partage des bénéfices) n’est pas valide.

Les mécanismes d’intéressement et de participation sont déjà développés en France. Ils peuvent favoriser l’instabilité des revenus des salariés, qui ne doit pas être accrue, notamment au bas de l’échelle des salaires.

Les mécanismes existants peuvent être améliorés, notamment en en étendant le bénéfice à tous les salariés. Une telle mesure ne doit pas accroître le coût fiscal et social global du dispositif, déjà très lourd pour la collectivité.

6) La question de la gouvernance des entreprises apparaît aujourd’hui centrale pour rééquilibrer le rapport de forces entre la collectivité des salariés, les dirigeants d’entreprises et les actionnaires.

Il faut sortir de la représentation dominante qui réduit l’entreprise à une société de capitaux et donner une réelle existence à la collectivité de travail qui la constitue tout autant.

La France doit prendre l’initiative d’une harmonisation européenne du droit des entreprises, en liaison notamment avec nos partenaires allemands dont le droit prévoit déjà des dispositions fortes en termes de rôle des conseils d’administration, des comités d’entreprise et de place de la négociation collective.

  • Repenser la composition et le rôle des conseils d’administration

⇒ Les salariés ont vocation à être davantage représentés au sein des conseils d’administration et de surveillance des entreprises, y compris lorsqu’elles ne sont pas cotées. Les représentants des salariés doivent être membres de plein droit de ces instances et disposer des droits de vote correspondants. Suivant l’exemple allemand, dans certaines entreprises, les représentants des salariés pourraient siéger à parité avec les représentants des actionnaires.

Les compétences des conseils d’administration doivent être revues : certains sujets ont vocation à être traités à ce niveau de décision et non délégués à des instances plus fermées. S’agissant des rémunérations des dirigeants, il faut empêcher à l’avenir que les discussions précises sur les montants de leurs rémunérations, des bonus, de stock-options et les attributions gratuites d’actions restent cantonnées à des comités de rémunérations, qui ne sont que l’émanation des conseils d’administration. Ce système permet, de fait, de limiter l’information sur ces sujets importants à des cénacles toujours plus réduits. En la matière, au-delà du principe de transparence, la diffusion de l’information est gage d’une plus grande retenue.

L’Etat doit rentrer dans les conseils d’administration des banques refinancées par la puissance publique afin de contrôler l’utilisation des 21 milliards d’euros d’argent public qui leur ont été versés, ce qui permettrait aux représentants de l’Etat de peser effectivement sur la politique de rémunération et de bonus pour les traders.

  • Faire de la politique globale des rémunérations de l’entreprise un sujet de débat au sein des assemblées générales des actionnaires.
  • Etendre le champ de l’obligation annuelle de négociation, qui doit inclure la question des bonus, des stock-options et des attributions gratuites d’actions.
  • Renforcer les pouvoirs des comités d’entreprises (CE) dans toutes les entreprises qui en sont dotées, en introduisant une obligation d’avis conforme sur certains sujets, au-delà de la seule logique de l’information-consultation.

7) Le Gouvernement est irresponsable dans son laxisme face aux déficits publics. Les pouvoirs publics seront probablement contraints de remédier rapidement à cette situation en augmentant les prélèvements obligatoires. De nouvelles réformes fiscales semblent inévitables, ce dont témoigne le projet de loi de finances pour 2010.

Or la droite met à mal, à chaque fois qu’elle le peut, le principe de la progressivité de l’impôt. Le système de prélèvements non seulement ne résout pas le problème des inégalités, mais constitue même l’un des agents de leur creusement.
La fiscalité doit devenir un outil privilégié pour traiter à la racine la question des inégalités de revenus entre les ménages et corriger des inégalités encore plus massives de patrimoine.

  • Pour un impôt sur le revenu citoyen

⇒ Après avoir, eux-mêmes, cédé aux sirènes de la baisse de l’impôt sur le revenu, les Socialistes sont redevenus des partisans décidés d’un impôt progressif. Il ne suffit pas de remettre en cause les dispositifs fiscaux du fameux « bouclier fiscal », même si c’est bien sûr la première étape vers une fiscalité plus juste.

⇒ Au-delà, une vaste réforme de l’impôt sur le revenu, prélevé à la source, serait de nature à promouvoir la justice fiscale. Pour redonner à cet impôt – qui reste le principal outil redistributif de notre système fiscal – son rôle essentiel et originel, des réformes structurelles d’envergure s’imposent, et notamment la fusion de l’IR et de la CSG.

Un nouveau barème plus juste et plus lisible, fondé sur le taux réel d’imposition (et non sur les taux marginaux) pourrait permettre à chaque Français de comprendre de quelle manière est calculé son impôt. Il faut afficher ce que l’on pourrait appeler la « vérité des taux ».

Pour les plus hautes rémunérations, de nouvelles tranches d’imposition doivent être créées (on peut prévoir par exemple une tranche supplémentaire avec un taux de 48%, suivie d’une nouvelle tranche avec un taux de 56% et, au-delà d’un seuil de revenus à déterminer, d’une dernière tranche avec un taux de 65%).

⇒ Il faut mettre un terme à l’existence d’un grand nombre de niches fiscales qui aujourd’hui permettent de fait aux plus aisés d’échapper à l’impôt.

  • Repenser la fiscalité de l’épargne et les droits de succession

⇒ Une piste de réflexion importante pour l’avenir consiste à faire progressivement rentrer les revenus de l’épargne dans le droit commun de l’impôt progressif. Dans un souci de simplicité et de justice fiscale, il faut intégrer au revenu imposable tous les revenus de l’épargne (y compris les plus-values mobilières et immobilières) au premier euro. Cela va de pair avec la suppression de tous ces mécanismes de prélèvements libératoires.

L’instauration d’une fiscalité plus élevée sur la transmission des gros patrimoines (par exemple à partir de 500 000 euros) s’impose pour mettre fin aux phénomènes d’accumulation et de transmission de rentes entre les générations.

11 réponses à “Note sur le partage des richesses et les moyens de corriger les inégalités”
  1. LAYDIER Hervé dit :

    En tant que syndicaliste, je déplore que le PS puisse penser que l’individualisation des salaires est une chose acceptable car je ne connais pas, dans nos systèmes complexes, de production qui ne soit collective. La réelle efficacité consiste a rechercher la cohésion du collectif car ce sont les solidarités qui s’y développent qui permettent d’affronter les défis de l’entreprise. La rémunération individuelle détruit l’esprit d’équipe au profit d’une course individuelle qui, malheureusement, se fini pour beaucoup dans la souffrance.

    Au moment où le profit des actionnaires devient de fait garantie, y compris parfois par l’Etat, je trouve que abonder dans le sens d’un salaire à part « variable » revient à dire que le PS trouve normal que le risque économique pèse encore un peu plus sur le salariés (qui, rappelons le, subit les décisions de ces grands patrons aux salaires et avantages fixes). Qui voulez-vous défendre ?

    Pour finir, savez-vous ce que sont les négociations sociales dans la plupart des entreprises de ce pays ? Quels moyens ont les syndiqués des entreprises pour faire face aux cabinets juridiques qui conseillent les directions et écrivent les accords ? Quels moyens devant des patrons autistes tenus par les exigences strictes d’actionnaires lointains et impersonnels ?
    La négociation dans les conditions actuelles est un monologue patronnal dans de trop nombreuses entreprises et le patronnat vide de sens les négociations de branche….

    • oro dit :

      Bonjour,
      La note explique bien que l’individualisation des rémunérations dans l’entreprise comme dans la fonction publique n’est acceptable que si plusieurs principes sont respectés : les règles doivent être transparentes et surtout être fixées dans un cadre collectif, le seul protecteur des salariés pris individuellement.
      Des mécanismes de recours et des garanties individuelles doivent impérativement être mis en place par des accords collectifs négociés au niveau des branches et des entreprises.

    • le restif anne dit :

      1)syndicaliste et negociatrice de branche, je pense que l’individualisation des salaires, c’est à dire les grilles à critères classants, sont un élément important de la degradation du climat dans les entreprises…c’est le fer de lance de l’individualisme regnant dans les rapports sociaux.. certes le developpement de cette forme conventionnelle s’est fait par preconisation DGEFP après Contrats d’Etudes Prospectives dans les années 90… mais il serait interessant que les chercheurs en étudient les effets SUR LE TERRAIN, attestés par de nombreuses etudes..
      2) le rapport Poisson ne m’a pas echappé… vous preconisez vous aussi la diminution du nombre de branches… encore faut il un peu plus creuser et en definir les modalités… en l’etat actuel des choses, les « fusions » preconisées (et non envisagéees) anticiperaient un nivellement par le bas…et renforcerait la « smicardisation »
      3) n’oublions pas que les « carrières salariales » devraient etre aussi des parcours qualifiants…et que cela demanderait une GPEC tournée vers le developpement de l’individu, et non plus sur l’augmentation et la reconnaissance de sa rentabilité …..

  2. Jean-Jacques SCHULER dit :

    Bonjour,
    Je voudrais vous inviter à lire cette note de Patrick VIVERET, ancien magistrat de la cours des comptes, titulaire d’un doctorat IEP et philosophe de son état, qui parle d’un nécessaire changement de l’idée que notre société se fait de la richesse…
    C’est à méditer absolument, si l’on souhaite vraiment avoir un projet alternatif !
    Bonne lecture
    C’est ici : http://adonnart.free.fr/doc/viveret.pdf

    • V Rey dit :

      Très bon article, notamment sa réflexion sur l’orientation de la volonté collective, il y a énormément de questions à se poser sur ce point.

      Dans un précédent post, je mentionnais l’orientation que semble vouloir prendre le marché de l’automobile et des hydrocarbures vers le moteur à l’hydrogène. Orientation absurde, puisqu’elle consisterait à consommer de l’énergie pour fabriquer de l’hydrogène, que l’on brûlerait ensuite dans sa voiture pour produire de l’énergie et enfin avancer.

      Il me semble voir là une tentative du marché, qui s’oppose manifestement à l’orientation de la volonté collective. En effet, ce projet est certainement générateur de valeur ajoutée au sens actuel du terme, mais il est certainement absurde sur un plan technique : créer un intermédiaire de plus dans la distribution de l’énergie aboutit d’une part à en perdre une partie, et d’autre part à faire travailler des gens pour rien : c’est du gaspillage d’énergie, et donc c’est de la pollution supplémentaire.

      On peut penser qu’une telle orientation du marché serait contradictoire avec la volonté collective des gens, lesquels semblent maintenant assez soucieux de protéger l’environnement. On peut penser que les citoyens préfèreraient voir émerger du marché la solution la plus effective : celle offrant le meilleur rendement énergétique, pour la moindre pollution, mais ils n’auront jamais un tel pouvoir de décision.

      En réalité, si les industriels estiment que leurs profits futurs doit les orienter vers l’hydrogène, les citoyens n’auront même pas le loisir d’en juger librement, si le marché conserve les moyens de propagande de masse, et la faculté qui en découle de manipuler l’opinion : les agences de communication de Total ou de Citroën sauront mettre en valeur le vertueux conducteur d’un véhicule à hydrogène*.

      Aura t on avancé dans la bonne voie, c’est moins sûr…

      V Rey

      * on se souvient de la pub d’Audi, utilisant une femme enceinte pour vanter la sécurité de sa bagnole, alors que la moindre Audi a un moteur de 300 chevaux

      • MC Aragon dit :

        Personnaliser le marché me semble être une formulation à banir en tant que socialiste. Non, le marché de l’automobile ne s’oppose pas à, ne prend pas d’orientation, … Derrière le « marché » se trouvent des individus décideurs, une classe dirigeante qui manipule l’opinion. Jouer le jeu de l’antropomorphisme du marché, c’est justifier pleinement le crédo libéral de lois naturelles de la concurrence, de la compétition et de l’équilibre de l’offre et de la demande par les prix.
        Le débat politique se joue aussi dans le vocabulaire. On peut commencer par écrire socialiste, par parler socialiste – et arréter de se laisser imposer les mots, les concepts – la gauche doit reprendre le pouvoir des idées.

  3. COSTE Jean-Paul dit :

    L’article ci-dessus cite le rapport du Directeur général de l’Insee, Jean-Philippe Cotis, expliquant que « depuis 20 ans, la part des salaires serait restée stable dans la valeur ajoutée » et commente cette affirmation en évoquant « une nuance dans les mots qui pèse sur les chiffres… »

    Simple question d’interprétation ? simple nuance ?
    STUPEUR … (que les « pistes de réflexion » évoquées dans la suite de l’article ne parviennent pas à dissiper).
    Et pourtant, les nombreuses études qui contredisent ce « point de vue » -ou plutôt ce point d’aveuglement- sont trop sérieuses pour être occultées.

    - « La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’ont pas de précédent dans les quarante-cinq dernières années. » d’après la BRI (Banque des Règlements Internationaux).

    - « Une donnée du problème est presque toujours occultée : en vingt ans, la part des salaires dans le produit intérieur brut français a baissé de 9,3 %, ce qui correspond à plus de 100 milliards d’euros en partie transférés vers le capital. » Dans : « Partage des richesses, la question taboue » http://www.monde-diplomatique.fr/2008/01/RUFFIN/15507

    - « Après une période de relative stabilité avant le premier choc pétrolier, la part des salaires a fortement crû jusqu’au début des années 1980. Elle a ensuite été réduite dans un contexte de politiques économiques visant à rétablir la part des profits et au cours des années 1990, elle a été assez stable, à un niveau historique bas …. La part des salaires dans la valeur ajoutée s’est fortement réduite depuis le début des années 1980. Elle est inférieure de 10 points à son point culminant de 1981″. D’après Xavier Timbeau. Directeur du Département analyse et prévision de l’OFCE. http://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/revue/2-80.pdf

    Critiquer le chef de l’Etat pour n’avoir pas réalisé sa proposition de partage des richesses selon une « règle des trois tiers » ou évoquer les nouveaux modes de management qui « ne doivent pas entraîner l’accentuation de cette dissymétrie fondamentale (entre le salarié et l’employeur)… », voilà bien une réponse à minima, assez dérisoire devant la gravité de la situation.
    Le niveau actuel des injustices sociales exige une vraie remise en cause des mécanismes de la domination financière, de la compétition à outrance, du « libre » échange et de la dérégulation.

  4. Thierry Zimmermann dit :

    Bonjour,

    tout cela me semble fort pertinent mais pas un mot sur la nécessaire analyse entre augmentation continue de la productivité et baisse du nombre des heures travaillées et des emplois et ce dans tous les pays développés; autrement dit la question du partage du travail bien plus large que la question de la réduction du temps de travail. Pourquoi si peu de palce aux analyse de Jeremy Rifkin et de Pierre Larrouturou!!

  5. Aziz Louahem dit :

    Salutations,

    « Partage des richesses et moyens de corriger les inégalités », le sujet est posé.

    J »aimerais échanger avec vous sur ce thème qui nous paraît à tous essentiel. On se souvient tous du cadeau fiscal attribué lors de l’abaissement du bouclier fiscal de 60 à 50%. De mémoire, sachant à quel point cela a marqué nos esprits, certains se sont vu recevoir l’équivalent de cagnottes de l’ordre de celle du Loto.

    Souvenons-nous également du prêt aux banques « nécessaire et surtout prioritaire » qui avait pour objectif d’aider les entreprises ayant besoin de trésorerie ou de fonds servant à leurs investissements dans cette période difficile. Peu de temps après, on voyait les dirigeants de ces mêmes banques, se faire « taper sur les doigts » pour ne pas avoir respecté ces fondements, malgré la présence d’UN médiateur dont on ignore encore aujourd’hui sa quelconque efficacité ou son pouvoir sur ces mêmes banques. Inutile de rappeler je pense l’état de santé actuel de ces dernières.

    On pourrait avoir bien des choses à dire sur d’ autres cadeaux d’une efficacité toute aussi redoutable: suppression de la taxe professionnelle, baisse de la TVA à 5,5% dans la restauration, la défiscalisation des heures supplémentaires….

    Voici sous quelques traits l’état d’équité et d’efficacité de notre système économique.

    Il est aussi question de solutions, j »aimerais vous en soumettre quelques unes qui me paraissent tout à fait complémentaires:

    - 10% des bénéfices à la suite des bilans des entreprises, versés aux salariés, par le biais d’une contribution conjointe de l’État et de l’entreprise, exemple: un taux de l’impôt sur les sociétés (IS) à 27% et 10% de participation, soit un prélèvement à 37% au lieu de 33%.

    - Idéaliser les entreprises coopératives, en les faisant connaître du plus grand nombre, on en est loin. Les SCOP et SCIC sont très méconnues du grand public et que dire des acteurs de l’économie (Banques, Impôts, CCI, Chambre des Métiers, Pôle Emploi…).
    Dans un second temps, les rendre fiscalement avantageuses en réduisant significativement l’impôt sur les sociétés (IS).

    http://www.scop.coop/P193_FR.htm

    - Donner la priorité aux salariés de pouvoir acheter des parts de leur propre société.

    - Doter l’État et les collectivités territoriales d’un capital « sauvetage » afin de conserver l’entreprise économiquement viable et ses salariés, tout en restant actionnaire permettant ainsi de continuer à alimenter ce capital voir à le développer. La forme en SCIC peut y trouver toute sa place.

    - Ajouter un critère « bonificateur » pour les entreprises de l’économie sociale et solidaire pour l’obtention des marchés publics.

    Il serait intéressant de chiffrer le coût de telles mesures et surtout d’évaluer l’impact sur le pouvoir d’achat, l’effet sur le moral de nos concitoyens, l’évolution de la consommation dans notre pays, la reconnaissance de l’effort….
    En se projetant, sur le fait que cela amènerait pour un grand nombre de salariés à un versement annuel d’un 13ème, 14ème mois voir bien plus; sans avoir besoin de « travailler plus pour gagner plus » par exemple.
    Que feraient nos concitoyens de cette manne financière? Je ne les vois pas déménager à Gstaad ou virer leurs fonds aux îles Caïmans.
    Raisonnablement, j’imagine plutôt bien plus de consommation, un meilleur accès à l’équipement, un meilleur accès aux énergies renouvelables, une source de financement pour acquérir plus facilement un logement ou une auto, financer un mariage, les études dans une grande école et ainsi de suite…

    J »ai l’ultime conviction que le Parti Socialiste est le parti qui peut et qui doit fédérer autour d’un modèle d’économie sociale et solidaire et le défendre vaillamment.

  6. anne le restif dit :

    merci aziz pour l’economie solidaire et la cooperation!!!!
    rappellons que cette forme d’organisation, en dehors des valeurs qu’elle est censée representer, n’est pas opéable!!!!!!

  7. jean-Pierre dit :

    La question se pose de savoir pourquoi les plus pauvres des citoyens sont tellement démobilisés sur ces questions. Qu’ils ne fassent pas grève, qu’ils ne s syndiquent pas on en comprend que trop bien les raisons. Mais pourquoi ne pas voter ? C’est que l’opposition se présente en ordre dispersé : un peu comme les Gaulois devant César. Les élections représentent une sorte d’affrontements symboliques, où chaque voix en annule une autre opposée. L’organisation de la droite a tout d’une organisation militaire efficace : un chef clairement repéré, des lieutenants, c’est un gage de succès.

    L’organisation de la gauche a tout de la promesse de l’échec par défaut de leader reconnu, chacun lance son appel de ralliement, du coup l’on se sent balloté dans un chaos généralisé. Du coup le risque d’échec augmente, du coup l’on préfère rester chez soi. A la limite il vaudrait mieux tirer un leader moyen à pile ou face et le suivre sans discuter que d’en avoir trente-six tout aussi intelligents les uns que les autres et qui passent leur temps à se disputer. Le mieux tant que bien sûr personne ne s’impose avec l’évidence d’un Barrack Obama. Bref, le mieux est l’ennemi du bien, et les partis de gauche font le succès de la droite à trop camper chacun sur sa prééminence doctrinale.

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