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	<title>Laboratoire des Idées &#187; Contributions libres</title>
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		<title>Introduction au débat sur l&#8217;identité de la France: tribune de Christian Paul</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Nov 2009 09:48:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[L'identité de la France]]></category>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">En partenariat avec <a href="http://www.mediapart.fr/">Mediapart</a>, le Laboratoire des idées va contribuer au débat sur l'identité de la France, en assumant <em>«</em><em>les lignes de différence qui nous opposent à une vision conservatrice, repliée et manipulatoire de l'identité collective de notre pays»</em>. En introduction, la tribune de Christian Paul, président du Laboratoire des idées, parue le 26 octobre dernier sur Mediapart.
<p style="text-align: justify;">---------------</p>


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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>En partenariat avec <a href="http://www.mediapart.fr/">Mediapart</a>, le Laboratoire des idées va contribuer au débat sur l&#8217;identité de la France en assumant <em>«</em><em>les lignes de différence qui nous opposent à une vision conservatrice, repliée et manipulatoire de l&#8217;identité collective de notre pays»</em>. En introduction, la tribune de Christian Paul, président du Laboratoire des idées, parue le 26 octobre dernier sur Mediapart.<br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p style="text-align: justify;">La droite française se prépare à une offensive sur le terrain de l’identité nationale. Nicolas Sarkozy a donné rendez-vous à l’Ecole Militaire le 4 décembre prochain, sous les auspices de l’Institut Montaigne. Eric Besson, dont les charters indignes vers l’Afghanistan trahissent la France, accompagne la manœuvre. Dissertation ou diversion? Quand la crise s’installe durablement, que le parti majoritaire se divise et pointe les échecs de ses choix politiques, l’appel symbolique à la nation relève d’une méthode déjà éprouvée de gouvernement, vertueuse en apparence, mais portée par d’évidentes arrière-pensées.</p>
<p style="text-align: justify;">Devons-nous, sous prétexte que l’artifice est visible, déserter le débat public? Faut-il craindre un de ces brouillages de repères, inscrit sur l’agenda présidentiel friand de tels exercices? Déminons le piège. D’abord, parce que la France est notre bien commun, et c’est «<em>une interrogation pour tout le monde</em>», disait Braudel. Ensuite, parce que l’occasion parait propice de mettre en avant d’autres idées de la France. Qualifions et assumons les lignes de différence qui nous opposent à une vision conservatrice, repliée et manipulatoire de l&#8217;identité collective de notre pays.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a fort à parier que ce débat, même relancé dans des conditions inquiétantes, portera d’abord sur l’histoire nationale, l’immigration, et les valeurs républicaines. La gauche française, qui se réarme ces temps-ci, doit dire sa part de vérité. Le récent tour de France entrepris par Martine Aubry nous a conduits chaque soir à des échanges d’une intense vérité, quand font irruption grâce à la parole de citoyens, à Cachan, Auch ou Grenoble, la brutalité des discriminations, le refus des ghettos et des charters, ou l’appel à l’égalité et à la fraternité.</p>
<p style="text-align: justify;">De l’histoire, il a été fait un trop grand abus mémoriel au cours des années récentes pour que le roman national ne devienne pas, à marche forcée une fiction marketing ou une invention bling-bling. Confisquer l’histoire, c’est déjà confisquer un peu de la démocratie. Le pouvoir, souvent, use et abuse de l’histoire, quand il oublie qu’elle doit avant tout servir la connaissance, la critique, l’émancipation. Si l’histoire ainsi faite se résume à une commémoration brouillée, à une invocation émotionnelle, elle ne sert ni la France, ni la résolution de ses problèmes.</p>
<p style="text-align: justify;">De l’immigration, il sera fait régulièrement un usage pré-électoral réveillant le «péril migratoire». Mais la controverse va au-delà, puisque la diversité possible et assumée de la France est mise en doute et donc en danger. <em>«La population issue de l’immigration de la seconde moitié du XXe siècle, qui en est maintenant à sa troisième génération, n’a toujours pas reçu les  codes d’accès»</em>. Dans cet interview de Jean-François Copé, passée presque inaperçue dans <em>Le Monde</em> du 17 octobre, on croit lire, mutatis mutandis, un bout du discours, lourd de dérapages, prononcé à Dakar par Nicolas Sarkozy…</p>
<p style="text-align: justify;">L’obstacle culturel – présumé – à l’intégration  vient occulter les discriminations économiques, les échecs urbanistiques et les villes-ghettos, ou ce qui reste de racisme dans notre pays. Pour autant, parmi ceux que visent cette sentence et les discriminations quotidiennes, la très grande majorité est hyperadaptée, formée, de plus en plus diplômée, pressée de ne plus être ainsi stigmatisée. Encore partagée, la société française reconnait de plus en plus la nécessité de l’immigration. Le pays se sait métissé, multicolore et multiculturel à la fois. Les Français ont une vision de leur appartenance nationale qui renvoie moins à une essence qu’à un comportement ou une éthique. La nation est un message, une promesse autant qu’un héritage.</p>
<p style="text-align: justify;">Etre Français, si telle est la question posée, c’est adhérer à des valeurs et les pratiquer. Les Français nous le disent quand on les interroge: leur fierté se révèle quand les valeurs républicaines sont appliquées et pas seulement proclamées dans des discours officiels sans lendemain. L’égalité se gagne ou se perd à l’école, à l’entrée de l’hôpital ou dans le regard d’un DRH. La fraternité se gagne ou se dissout devant la porte d’une préfecture, dans l’angoisse d’une expulsion qui vise le pauvre comme l’étranger, et leur famille.</p>
<p style="text-align: justify;">De tout cela, il faut se parler en France, et pas seulement entre Français. C’est une affaire de civilisation, et pas seulement d’identité. A l’interrogation étriquée, déjà rétrospective, que l’on nous ressert, nous devons préférer la quête inlassable d’un projet pour une «société décente» qui respecte non seulement les Français, mais aussi ceux qui au fil de l’histoire, nous ont rejoints. Nous devons aussi sans cesse explorer les voies de la mondialité, notre nouvel internationalisme dégagé des empires, qui évite le repli hexagonal. Pas plus qu’il n’y a de mondialisation «heureuse», la France ne saurait se priver d’un humanisme en prise sur le monde.</p>
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		<title>Frank Burbage : &#171;&#160;Quel socialisme pour demain?&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Oct 2009 12:14:52 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Dans le prolongement du débat entre Christian Paul et Marcel Gauchet sur l'avenir du socialisme, Frank Burbage, professeur de philosophie au lycée Auguste-Blanqui à Saint-Ouen, dessine des pistes pour penser le socialisme de demain, notamment face aux défis écologiques.


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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Ce texte est paru dans Le Monde daté du 8 octobre 2009, sous le titre &laquo;&nbsp;Comment régénérer le socle idéologique du socialisme?&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce moment où le Parti socialiste cherche à se reconstruire, à renouer des liens à la fois respectueux et efficaces avec le monde intellectuel, il n&#8217;est pas inutile d&#8217;essayer de cerner ce qui peut faire obstacle à cette consolidation tant attendue.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela fait bien longtemps que les responsables du PS ont passé par pertes et profits l&#8217;héritage marxiste qui avait fourni les bases théoriques de la refondation d&#8217;Epinay. Qui pense aujourd&#8217;hui à constituer un <em>&laquo;&nbsp;front de classe&nbsp;&raquo;</em> permettant de <em>&laquo;&nbsp;rompre avec le capitalisme&nbsp;&raquo;</em> ? Le problème, c&#8217;est que ces notions, à l&#8217;évidence discutables, ont été abandonnées sans être discutées, au fil d&#8217;une dérive gestionnaire sensible dans les pratiques comme dans les discours. Et lorsque le socialisme se coupe d&#8217;une pensée de l&#8217;exploitation, de la domination et de l&#8217;aliénation, il n&#8217;est plus que l&#8217;ombre de lui-même.</p>
<table style="float: left; clear: both; padding-right: 6px; text-align: justify;" border="0" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td><img style="display: none;" src="http://pubs.lemonde.fr/5/ANALYSES-LEMONDE/index_analyses/exclu/sponsor/1874563545/Middle1/OasDefault/lm_openskies_ny_supp_rg09_m1/openskies_ny_supp_rg09_m1.html/35613231306165353461376465333130?&amp;_RM_EMPTY_" alt="" /></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: justify;">Les interminables querelles de personnes occupent alors le devant de la scène, sans qu&#8217;aucune perspective d&#8217;idées nouvelles ne parvienne à émerger. Et cela, alors même que la gauche française, en des oeuvres aussi différentes que celles de Michel Foucault ou d&#8217;André Gorz, dispose depuis les années 1980 ou 1990 de réflexions de haute tenue, et de grand avenir : Michel Foucault, pour réfléchir à la montée en puissance des <em>&laquo;&nbsp;biopouvoirs&nbsp;&raquo;</em> et des <em>&laquo;&nbsp;sociétés de contrôle </em>&nbsp;&raquo; et pour explorer les modalités d&#8217;une nouvelle émancipation ; André Gorz, pour articuler la question sociale et la question écologique, et pour redonner sens à une critique intelligente de l&#8217;économie.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel est aujourd&#8217;hui le socle idéologique &laquo;&nbsp;moyen&nbsp;&raquo; du Parti socialiste ? Trois éléments principaux apparaissent structurants : l&#8217;appel à la préservation et à la rénovation des institutions de la sécurité individuelle et collective (éducation, parcours professionnels) &#8211; contre les violences de la dérégulation néolibérale, dans la perspective d&#8217;un Etat prévoyant &#8211; ; l&#8217;appel à une distribution plus équitable des revenus et des patrimoines, à une plus grande égalité des chances &#8211; contre le creusement des inégalités, dans la perspective d&#8217;une société effectivement ouverte à tous &#8211; ; l&#8217;appel à une croissance ou à un développement mieux régulés et &laquo;&nbsp;durables&nbsp;&raquo; &#8211; contre les démesures d&#8217;un capitalisme spéculatif et dispendieux, dans la perspective d&#8217;une économie de marché soumise aux exigences de la véritable &laquo;&nbsp;civilisation&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est important, mais loin d&#8217;être suffisant. C&#8217;est de surcroît lourd d&#8217;un certain nombre d&#8217;oublis ou d&#8217;équivoques, qu&#8217;il importe de porter au débat collectif. Consolider les &laquo;&nbsp;capacités&nbsp;&raquo; individuelles est un projet très louable. Mais où passe la réflexion sur les biens communs, sur la propriété sociale, sur les espaces collectifs d&#8217;action, de pouvoir et de culture ? La question de la justice ne se réduit pas à celle du &laquo;&nbsp;partage (équitable) des richesses&nbsp;&raquo;. Il s&#8217;agit aussi de décider de ce qui doit rester hors du champ de l&#8217;appropriation et de la consommation privées : des espaces, des temps, des biens proprement sociaux et publics. La question des limites de la sphère marchande est décisive, elle est très et trop souvent délaissée.</p>
<p style="text-align: justify;">Le souci de l&#8217;équité est porté par des politiques qui ne sont pas nécessairement socialistes. C&#8217;est (heureusement) le lot commun du &laquo;&nbsp;libéralisme politique&nbsp;&raquo; en général. Mais la substitution systématique de la notion d&#8217;équité à celle d&#8217;égalité conduit à éluder des questions d&#8217;importance, sur lesquelles les socialistes auraient intérêt à se positionner : quel est le taux et le type d&#8217;inégalités tolérables et même bénéfiques dans la société d&#8217;aujourd&#8217;hui ? Dans quels cas l&#8217;égalité doit-elle être absolue ? Dans quels cas doit-elle être relativisée ? Quel type d&#8217;égalitarisme doit être aujourd&#8217;hui porté et cultivé par un socialisme contemporain ?</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;appel au développement &laquo;&nbsp;durable&nbsp;&raquo; signale moins une avancée qu&#8217;une persistante confusion. Car la critique du &laquo;&nbsp;matérialisme&nbsp;&raquo; des sociétés contemporaines et l&#8217;appel à la considération des vrais besoins humains s&#8217;inscrit dans l&#8217;horizon d&#8217;un humanisme qui reste très étroit : on veut un développement (enfin) humain, une &laquo;&nbsp;politique de la civilisation&nbsp;&raquo; ! Mais c&#8217;est ce même humanisme qui a justifié et qui justifie encore, au nom de la valeur transcendante de l&#8217;homme et de ses droits, l&#8217;exploitation illimitée de la Terre.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;idéologie actuelle du &laquo;&nbsp;développement humain&nbsp;&raquo; reproduit sans cesse cette présupposition anthropocentriste, renforcée par l&#8217;attention portée au sort des générations (humaines) futures. Et cela, alors même que la question sociale et la question écologique demandent aujourd&#8217;hui à être très étroitement articulées.</p>
<p style="text-align: justify;">Or cette articulation n&#8217;est possible que si l&#8217;on engage la critique de l&#8217;anthropocentrisme dominant, dans une perspective qui gagne à s&#8217;instruire plutôt chez Claude Lévi-Strauss que chez Edgar Morin. Si nous bénéficions et participons à une société de grande valeur, celle-ci ne s&#8217;arrête pas aux frontières de l&#8217;humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">La relation d&#8217;ensemble que nous tissons avec la multitude des choses et des êtres, des milieux et des éléments terrestres, complète et enrichit les perspectives strictement humaines. Et la Terre n&#8217;est pas seulement un ensemble de moyens destinés à nos usages et à nos consommations. Ainsi il ne revient pas du tout au même de s&#8217;inquiéter du seul réchauffement climatique ou d&#8217;y adjoindre la question, aujourd&#8217;hui également cruciale, de la biodiversité. Car si le réchauffement climatique menace à l&#8217;évidence les implantations humaines, l&#8217;expansion illimitée et incontrôlée de l&#8217;humanité, puissance impériale à la surface de la Terre, menace la multitude des êtres présents et vivants sur cette planète. Que les &laquo;&nbsp;modernes&nbsp;&raquo; que nous sommes se soient autorisés à les tenir pour de simples choses ou pour des morceaux utilisables de chair ou de matière, c&#8217;est aussi cela qui doit être mis en question.</p>
<p style="text-align: justify;">Si le &laquo;&nbsp;postmatérialisme&nbsp;&raquo; désormais mis en avant par les responsables du Parti socialiste devait nous confiner dans l&#8217;horizon fermé de &laquo;&nbsp;l&#8217;humanisme intégral&nbsp;&raquo; ; si le socialisme devait se réduire à n&#8217;être qu&#8217;<em>&laquo;&nbsp;une manière particulière d&#8217;interpréter le cadre capitaliste dans lequel nous vivons&nbsp;&raquo;</em> (Marcel Gauchet), le tournant écologique du socialisme serait, une fois encore, manqué. On peut, au contraire, travailler à instruire le chantier d&#8217;un socialisme écologique : articuler la pensée des biens communs, de l&#8217;action démocratique, de l&#8217;égalité des conditions, avec celle d&#8217;une Terre enfin respectée.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette tribune fait suite au débat entre Christian Paul (Parti socialiste, Laboratoire des idées) et Marcel Gauchet, en ligne <a href="http://laboratoiredesidees.parti-socialiste.fr/index.php/2009/09/gauchet-paul-debattre-pour-engager-loffensive-de-civilisation/">ici</a>.</p>
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		<title>Christian Paul : &#171;&#160;Réponse à BHL sur l&#8217;essentiel&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Sep 2009 21:00:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Christian Paul</strong>, député et Président du Laboratoire des idées, répond à la tribune de <strong>Bernard-Henri Lévy</strong> dans le JDD du 19 juillet sur la supposée "mort" du Parti socialiste. <em>Texte paru sur Mediapart le 22 juillet 2009</em></p>


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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Christian Paul</strong>, député et Président du Laboratoire des idées, répond à la tribune de <strong>Bernard-Henri Lévy</strong> dans le JDD du 19 juillet sur la supposée &laquo;&nbsp;mort&nbsp;&raquo; du Parti socialiste. <em>Texte paru sur Mediapart le 22 juillet 2009</em></p>
<p style="text-align: justify;">Pour que la gauche change, il faudrait immanquablement passer par le « champ de ruines »… C’est le pari de Bernard-Henri Lévy, en pleine page d’un hebdomadaire du dimanche. Il me fait bondir. Car ce scénario mortifère fustige un Ps imaginaire. Au risque de désespérer la gauche réelle sans lui apporter d’autres perspectives qu’un hara-kiri dont déjà les plus cyniques, à droite, se repaissent. Car c’est bien le paradoxe et l’impasse de beaucoup de ceux qui s’acharnent ces temps-ci sur le Parti socialiste : les dynamiteurs font rarement de bons architectes.</p>
<p style="text-align: justify;">Je respecte les combats et les priorités de BHL. Je découvrais la philosophie et la politique quand Maurice Clavel et lui, avec d’autres, nous faisaient partager l’antitotalitarisme. J’en ai gardé la conviction que ces combats figuraient parmi l’essentiel, sans être à eux seuls l’exclusif motif de notre engagement. De la gauche, Lévy raconte un bout, mais pas le tout.</p>
<p style="text-align: justify;">Les griefs évoqués pour sonner l’hallali ne relèvent pas de la raison politique. Ce que vient de dire BHL n’est ni juste, ni utile à notre temps. Le Ps dont il décrète la mort est un parti imaginaire. Je ne crois pas l’avoir jamais rencontré. Il n’est pas mort, car il n’existe pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne sais d’où l’on va exhumer un Ps antilibéral pavlovien, incapable de conjuguer la résistance aux excès de l’ordre marchand et la lutte moderne, toute aussi nécessaire, héritée des Lumières, pour les libertés, la démocratie et l’émancipation d’individus citoyens.</p>
<p style="text-align: justify;">Qui peut sérieusement réduire le débat européen relancé en 2005 avec les tentations chauvines qu’a connues en d’autres moments notre pays ? C’est trop vite emballé. Depuis septembre 2008, la crise du « système » a montré ce que le capitalisme dérégulé devait à l’inertie de l’Union européenne, bloquée par les néolibéraux et les conservateurs, pourtant bien éloignés de BHL ! Heureusement, des voix s’élevèrent pour le dénoncer. Aujourd’hui, l’effondrement idéologique de la droite française formatée pour faire décliner l’intervention publique mérite autant de commentaires que l’aggiornamento nécessaire de la gauche.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, comment colporter le cliché d’une haine de l’Amérique, quand s’est utilement exprimé le rejet du bushisme et que l’arrivée d’Obama, loin d’être la venue d’une icône, invite justement, enfin, à un vrai débat sur les idées et les valeurs ? La demande de politique, heureusement, est intacte au XXIème siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus grave, je conteste une réécriture terriblement approximative des vingt-cinq dernières années. Je ne participe pas de ce refus de l’Histoire que Vincent Duclert imputait récemment, parfois à raison, aux socialistes qui renonceraient à la fois aux inventaires et aux héritages. Les deux sont nécessaires. Je souhaite simplement prévenir l’écriture d’une Histoire fausse.</p>
<p style="text-align: justify;">De la chute du mur de Berlin, et de la fin du « grand dessein », daterait la crise de la gauche française. C’est l’explication trop simple, magique et mécanique, rebattue et beaucoup moins opératoire qu’il n’y paraît. Elle est certes fondée parce que l’engagement antitotalitaire d’une génération a du se déplacer. Elle l’est moins si l’on persiste à espérer une société meilleure, et à vouloir… changer le monde. En 1989, depuis des années déjà, la gauche française ne se déterminait plus par rapport au communisme, et cherchait ailleurs le bonheur possible.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec BHL, nous tomberons d’accord au moins sur un point : depuis longtemps, depuis 2002 et même avant, le Ps est à réinventer. Depuis 2002, nous allons vers un nouveau Parti socialiste, comme vers une cible mouvante. Il est à portée de main, mais nous ne l’atteignons pas encore. Pourquoi ? Lévy ne le dit pas, osons le dire.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord le choc des ambitions –dix présidentiables au moins ces jours-ci !-, a profondément divisé nos rangs, détourné du travail collectif, et choqué les Français, à juste titre, puisqu’il s’accompagnait rarement d’idées neuves. Si le Ps est en danger, c’est d’abord d’avoir laissé le poison lent de la présidentialisation s’installer durablement.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous nous devons aussi un inventaire, que BHL ne fait pas, de l’exercice du pouvoir entre 1981 à 2002, comme de la suite, jusqu’à la privatisation sarkozyste de la République : la pensée technocratique, l’embourgeoisement des élites, la corruption des mœurs, la trahison de quelques-uns. Un respect trop élastique des valeurs communes. La gauche n’est pas indemne. La guérir est notre urgence.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais surtout, le retard stratégique de la gauche à comprendre collectivement les défis récents de notre Histoire a asséché les esprits et détourné de nous bien des regards. Ces défis, que nous affrontons enfin sérieusement en 2009, s’appellent globalisation, choc écologique, révolution numérique, grandes migrations, allongement de la vie…</p>
<p style="text-align: justify;">Allons plus au fond. La confrontation de la gauche de gouvernement au réel a révélé de vraies limites, face à l’économie broyée dans la mondialisation, aux flux financiers qui laissèrent dans l’impuissance, ou à l’immigration, avec ses ghettos et ses redoutables manquements à la dignité.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans doute faut-il exorciser ces points aveugles, sans pour autant s’enliser dans une interminable catharsis. La génération qui vient- les moins de 30 ans- ne trouve nullement son compte dans les rétrospectives. Il faut surtout se préparer, par un puissant travail intellectuel et politique, à être à la hauteur de ces défis, quand le moment reviendra. Pour cela, mieux vaut être vivant !</p>
<p style="text-align: justify;">Or, de l’essentiel, BHL oublie un pan entier, et cela mine sa démonstration. La question sociale est toujours là, avec la promesse républicaine de l’égalité laissée en panne, avec l’exigence de justice, qui doit demeurer notre talisman et notre boussole.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec son nom, ou même un jour avec un autre, le Parti socialiste possède cette mission historique de porter plus loin l’égalité. Oublier la question sociale, celle-là même qui conduit à réfléchir à deux fois avant de changer le nom du parti de Jaurès, c’est ne pas affronter la société les yeux ouverts. C’est renoncer devant l’explosion de la précarité, les villes déshumanisées et la « montée des incertitudes » que décrit si bien Robert Castel, l’analyste lucide de l’insécurité sociale. Voilà ce qui rend les socialistes encore ardents et nécessaires, à condition d’être capables de penser les transformations et le futur de notre civilisation. La société du bien-être, écologique, solidaire, post-productiviste se dessine comme une de ces nouvelles frontières qui tirent l’imagination, puis l’action.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Ps a de vrais choix à faire, pour organiser la mobilisation des intelligences, et prévenir les métastases des egos. Une primaire ouverte, probablement, départagerait nos candidats. Une charte éthique pour réformer les comportements doit la précéder. Sinon, le déchirement s’aggravera.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment, surtout, éviter à la France de passer les sept années et demie qui viennent sous une interminable présidence Sarkozy ? C’est pour ceux qui se nomment encore socialistes, les seuls devoirs de vacances.</p>
<p style="text-align: justify;">Christian PAUL, député et président du Laboratoire des idées du Ps</p>
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