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	<title>Laboratoire des Idées &#187; Civilisation numérique</title>
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		<title>La société créative, pour tous</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Apr 2010 09:43:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" title="Logo du lab" src="http://www.parti-socialiste.fr/static/imagecache/membre_photo/3507/laboratoire-des-idees.png" alt="" width="250" height="116" />Partout, en France et dans le monde, des groupes de citoyens, des nouveaux types d’entrepreneurs, des réseaux d’échange, expérimentent de nouvelles manières de produire, de vivre ensemble, de partager des ressources communes…</p>
<p style="text-align: justify;">Ce foisonnement d’expériences résulte d’un triple mouvement : la prise de conscience de l’impératif écologique, qui exige une approche systémique et globale ; l’autonomisation croissante de la société vis-à-vis de ses institutions ; et la mise en réseau des individus, des organisations et des entreprises. Il présente en revanche l’aspect contradictoire d’une extension continue de l’emprise du marché, et d’une vitalité sociale qui lui invente sans cesse des alternatives, à petite ou grande échelle.</p>

<strong>Une note du groupe "Civilisations numériques" du Laboratoire des idées, au cœur des travaux actuels du Parti socialiste sur le nouveau modèle de développement.</strong><a href="http://laboratoiredesidees.parti-socialiste.fr/wp-content/uploads/2010/04/LAB_CN_societe-creative_avril2010.pdf"> </a>

<a href="http://laboratoiredesidees.parti-socialiste.fr/wp-content/uploads/2010/04/LAB_CN_societe-creative_avril2010.pdf">Télécharger la note en PDF (144Ko)</a>


Articles connexes&nbsp;:<ol><li><a href='http://laboratoiredesidees.parti-socialiste.fr/index.php/2009/08/civilisations-numeriques-la-societe-numerisee-aspirations-et-enjeux-politiques/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Civilisations numériques : &laquo;&nbsp;La société numérisée : aspirations et enjeux politiques&nbsp;&raquo;'>Civilisations numériques : &laquo;&nbsp;La société numérisée : aspirations et enjeux politiques&nbsp;&raquo;</a></li><li><a href='http://laboratoiredesidees.parti-socialiste.fr/index.php/2010/02/la-lettre-du-lab-n%c2%b04-plaidoyer-pour-la-justice-sociale/' rel='bookmark' title='Permanent Link: La lettre du Lab n°4 : plaidoyer pour la justice sociale'>La lettre du Lab n°4 : plaidoyer pour la justice sociale</a></li><li><a href='http://laboratoiredesidees.parti-socialiste.fr/index.php/2009/09/gauchet-paul-debattre-pour-engager-loffensive-de-civilisation/' rel='bookmark' title='Permanent Link: Gauchet &#8211; Paul : débattre pour engager &laquo;&nbsp;l&#8217;offensive de civilisation&nbsp;&raquo;'>Gauchet &#8211; Paul : débattre pour engager &laquo;&nbsp;l&#8217;offensive de civilisation&nbsp;&raquo;</a></li></ol>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><img class=" alignleft" title="Logo du Lab" src="http://www.parti-socialiste.fr/static/imagecache/membre_photo/3507/laboratoire-des-idees.png" alt="Logo du Lab" width="250" height="116" /><a href="http://laboratoiredesidees.parti-socialiste.fr/wp-content/uploads/2010/04/LAB_CN_societe-creative_avril2010.pdf">Télécharger la note en PDF (144Ko)</a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Qu&#8217;est-ce qu&#8217;une société créative ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La société que nous voulons, la société créative, est <strong>une société qui donne à chacun la chance et la capacité, non seulement de construire son propre destin, mais aussi d&#8217;agir pour le bien commun</strong>. C&#8217;est une société qui invente sans cesse des idées neuves pour répondre aux aspirations de ceux qui la composent, et aux défis auxquels elle fait face. Dans ce but, elle s&#8217;appuie sur toutes les énergies, sur toutes les imaginations : celles des entrepreneurs, des militants associatifs, des chercheurs, des salariés du privé comme du public, des artistes, des retraités… bref, de tous les citoyens. Surtout, elle ne les laisse pas seuls. Une société créative facilite l&#8217;expression et l&#8217;échange des idées, les collaborations de tous types, les expérimentations et leur analyse. Elle soutient les initiatives les plus fécondes, elle étend les expériences qui marchent. <strong>La puissance publique a un rôle essentiel à jouer pour susciter et marier ces énergies</strong>. Elle doit s&#8217;<strong>appuyer sur le désir et la capacité d&#8217;un nombre croissant de citoyens de devenir acteurs de leur présent et de leur avenir</strong> : de produire localement la réponse à des besoins locaux ; de coproduire des services et des biens publics ; de mettre en œuvre des solidarités locales ou globales ; d&#8217;oser formuler et expérimenter des idées neuves… La puissance publique doit à la fois impulser le mouvement et reconnaître ce que la société invente de riche. Elle doit à la fois inciter et faciliter, consolider et étendre les expériences réussies, mutualiser les énergies, évaluer, réguler là où c&#8217;est nécessaire. Elle devra pour cela inventer de nouveaux instruments et définir de nouvelles formes de collaboration avec les acteurs économiques et sociaux. <em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>___________________________</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Partout, en France et dans le monde, des groupes de citoyens, des nouveaux types d&#8217;entrepreneurs, des réseaux d&#8217;échange, <strong>expérimentent de nouvelles manières de produire, de vivre ensemble, de partager des ressources communes</strong>… Ce foisonnement d’expériences résulte d&#8217;un triple mouvement : la prise de conscience de l&#8217;impératif écologique, qui exige une approche systémique et globale ; l&#8217;autonomisation croissante de la société vis-à-vis de ses institutions ; et la mise en réseau des individus, des organisations et des entreprises. Il présente en revanche l&#8217;aspect contradictoire d&#8217;une extension continue de l&#8217;emprise du marché, et d&#8217;une vitalité sociale qui lui invente sans cesse des alternatives, à petite ou grande échelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous, progressistes, devons reconnaître, encourager, mais aussi orienter ces dynamiques dans un sens solidaire et écologique. L&#8217;action publique y sera indispensable, mais elle devra s&#8217;inventer de nouveaux instruments et définir de nouvelles formes de collaboration avec les acteurs économiques et sociaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Un nouveau modèle de développement n&#8217;émergera pas sans la participation, l&#8217;implication de tous, acteurs publics, entreprises, tiers secteurs et citoyens. Dans ce but, notre objectif doit être <strong>d&#8217;augmenter la capacité de toute la société à prendre en mains ses besoins, à y inventer et en coproduire des réponses – bref, à innover</strong>. D&#8217;inventer une &laquo;&nbsp;société créative pour tous&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’innovation au cœur </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Nous ne pouvons pas produire demain comme hier ; nous ne pouvons espérer répondre à la complexité des attentes sociales avec les instruments traditionnels  ; les outils et même les indicateurs de la croissance durable restent en bonne partie à inventer : il faut donc innover. Mais <strong>l&#8217;innovation qui nous intéresse est à la fois sociale, technologique et économique</strong>. Elle n&#8217;est pas le fait des seules entreprises, ni des seuls chercheurs, mais de toute la société.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>D&#8217;un point de vue économique</strong>, la compétition repose aujourd&#8217;hui avant tout sur la capacité d&#8217;innovation. La mise en réseau des entreprises, la part croissante de l&#8217;immatériel dans la production, raccourcissent les cycles et segmentent les marchés en une multitude de niches. Plus que par la recherche d&#8217;économies, c&#8217;est par leur capacité d&#8217;innovation que les entreprises et les économies se différencient. Et cette innovation elle-même a changé : permanente (cf le progrès vertigineux des performances des ordinateurs dont la puissance double tous les 18 mois depuis 30 ans), de plus en plus rapide (18 mois aujourd’hui pour développer une voiture, contre trois ans dans les années 1990) et surtout plus ouverte à des acteurs nouveaux – jusqu&#8217;aux consommateurs et citoyens. Une innovation donnée ne procure plus de rente durable : c&#8217;est la capacité d&#8217;innover en continu et de s&#8217;insérer dans un écosystème d&#8217;innovation qui procure un avantage compétitif soutenable. Par exemple, l’interface initiale de l’iPhone a été imitée en mois de 18 mois par les concurrents d’Apple ; mais dans le même temps, la firme à la pomme a sorti deux nouvelles générations de son « smartphone », maintenant son avantage concurrentiel.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;innovation apparaît tout aussi centrale pour incorporer au cœur du modèle de développement les impératifs écologiques et sociaux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;enjeu écologique</strong> complexifie l&#8217;arbitrage déjà difficile entre objectifs économiques et sociaux. Le cadre traditionnel des politiques publiques peine à éviter que ces objectifs d&#8217;égale importance n&#8217;entrent en conflit, ou pire, que les politiques écologiques ne soient ressenties par les citoyens comme technocratiques, ou productrices de nouvelles inégalités. Pourtant, des acteurs – que l’on n’attendait pas forcément sur le terrain de l’innovation – apportent des débuts de réponse. C’est un afficheur, JC Decaux, qui, en collaboration avec des villes socialistes, a inventé Velov&#8217; et Velib&#8217; ; le covoiturage se développe à partir d&#8217;initiatives de chercheurs, de jeunes entreprises et d&#8217;associations, et non des transporteurs publics ; ce sont des agriculteurs, et non des distributeurs, qui ont inventé avec les AMAP des moyens nouveaux de rendre les produits biologiques accessibles aux urbains à des prix raisonnables…</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;action publique seule ne parviendra pas non plus à répondre à la complexification des <strong>enjeux sociaux</strong> – vieillissement de la population, transformation continue des métiers, précarité, diversification (voire individualisation) des besoins et des parcours de vie… Il lui faudra <strong>faire appel à d&#8217;autres énergies et imaginations, locales et globales, associatives et entrepreneuriales</strong>. Des expériences émergent, en France et chez nos voisins, qui réinventent le lien social et renforcent l’autonomie de chacun. L&#8217;association <em>Reconnect</em>, créée par un ancien consultant, propose des moyens qui permettent aux personnes en situation d&#8217;exclusion de rester joignables. Les &laquo;&nbsp;babayagas&nbsp;&raquo; inventent un espace de vie autogéré pour personnes âgées qui, au lieu de les retirer du monde, devient un lieu d&#8217;animation et de vie citoyenne locale. Au Royaume-Uni, le programme inControl permet aux personnes dépendantes de <strong>coproduire leur dispositif d&#8217;aide et d&#8217;en gérer elles-mêmes le budget</strong>, tout en s&#8217;inscrivant dans un dispositif de médiation qui assure la cohérence du système avec les objectifs fixés par la collectivité. Partout dans le monde, des Systèmes d&#8217;échange locaux (SEL) organisent, dans une communauté, l&#8217;échange multilatéral de biens, de services, et de savoirs. Et l&#8217;on connaît l&#8217;importance sociale et économique du microcrédit.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à cette complexité, le réflexe de la droite est de s&#8217;en remettre au marché, censé être plus efficace et plus capable de répondre à la diversité et à l&#8217;évolution des besoins et des situations. Mais il ne nous a pas fallu attendre la crise, ni Copenhague, pour <strong>affirmer que le marché ne saura pas de lui-même prendre en compte l&#8217;enjeu écologique dans sa dimension systémique, pas plus qu&#8217;il n&#8217;aura à cœur les nécessaires solidarités.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Des écosystèmes d’innovation…</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons et nous continuerons d&#8217;avoir des politiques de recherche, des politiques de soutien à l&#8217;innovation économique et technique, des politiques culturelles, des politiques éducatives. Mais celles-ci fonctionnent d&#8217;une manière exagérément cloisonnée, sauf peut-être lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de rapprocher la recherche des besoins des marchés. Au cloisonnement des politiques répondent ceux des secteurs économiques ou ceux des disciplines de recherche. Or <strong>les innovations qui comptent émergent presque toujours au croisement de plusieurs métiers et domaines de connaissance</strong>. Nous devons lever ces barrières, favoriser toutes les formes de collaboration. Les pôles de compétitivité ont, pour les meilleurs d&#8217;entre eux, commencé à le faire, mais ils demeurent souvent trop étroitement sectoriels et trop exclusivement focalisés sur l&#8217;innovation à vocation économique. <strong>L&#8217;innovation a besoin de lieux d&#8217;échange et de partage, de dispositifs de coopération, de mutualisation active de moyens et d&#8217;expériences, et de pouvoir rapidement s&#8217;essayer auprès des publics auxquels elle se destine</strong>. Elle doit aussi pouvoir se discuter, se débattre : toute innovation n&#8217;est pas systématiquement univoque, ni nécessairement positive.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nous devons construire des &laquo;&nbsp;écosystèmes&nbsp;&raquo;</strong>, des dispositifs, des espaces (virtuels comme physiques) d&#8217;échange, de collaboration, de mutualisation de moyens et de mise en visibilité de projets et d&#8217;initiatives, qui favorisent l&#8217;innovation sous tous ses aspects, sociaux, économiques et technologiques. Ces écosystèmes sous-tendent les marchés sur lesquels se développe l’innovation économique, mais ils ne se résument pas à ces derniers et sont tout aussi bien porteurs d’innovation sociale, culturelle ou intellectuelle. A ne vouloir voir que les marchés – œillère traditionnelle de la droite –, et pas tout ce qui les autorise et les complète, on s’interdit de les orienter, au bénéfice de la société.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces écosystèmes permettront la fécondation entre des acteurs multiples et divers : des innovateurs qui expérimentent, des consultants qui conseillent, des chercheurs et universitaires qui réfléchissent et explorent, des associations de parties prenantes qui formulent leurs demandes ou attentes, des acteurs publics qui fixent des objectifs (sociaux, sanitaires, environnementaux…), des étudiants qui font des stages et apportent des idées, du capital-risque pour financer et aider à définir les projets à vocation économique, des plus grandes entreprises qui aident, fournissent des modèles et investissement, des incubateurs, des financeurs publics ou des fondations pour soutenir des projets à but non lucratif…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ces écosystèmes émergent déjà en Europe et en France, grâce notamment à l&#8217;action des Régions socialistes. Plus d&#8217;une centaine de &laquo;&nbsp;<em>living labs</em>&nbsp;&raquo; ambitionnent de &laquo;&nbsp;contribuer à l&#8217;émergence d&#8217;un nouveau système d&#8217;innovation dont les utilisateurs et les citoyens sont des acteurs plutôt que des destinataires passifs&nbsp;&raquo;. Sous le nom de &laquo;&nbsp;ruches&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;cantines&nbsp;&raquo;, etc., des espaces coopératifs informels destinés aux innovateurs de tous genres se créent dans plusieurs villes de France. Des <em>Fab Labs</em>, &laquo;&nbsp;ateliers de production de presque tout&nbsp;&raquo;, rassemblent logiciels de conception assistée par ordinateur, machines à commande numérique, matériel électronique &laquo;&nbsp;libre&nbsp;&raquo; et une diversité de compétences, pour faciliter l&#8217;invention des objets de demain et explorer des formes de relocalisation de la production. Les &laquo;&nbsp;résidences&nbsp;&raquo; de la 27<sup>e</sup> Région (un projet de l&#8217;Association des régions de France) installent des jeunes designers et sociologues là où existe un enjeu d&#8217;innovation publique et sociale : un campus scolaire en rénovation, une maison de santé à réinventer, un quartier en renouvellement urbain… Les conférences de consensus, les réseaux d&#8217;échange de savoirs, les méthodes de créativité collective, font également partie de cette floraison de nouveaux espaces de création et de coopération.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un écosystème ne se contente pas de juxtaposer des projets ou des individus</strong>. Il s&#8217;organise autour de services et des lieux qui permettent et encouragent les échanges : des services et des ressources en commun, des lieux de travail et de rencontre, des événements collectifs, etc. Le créer, constituer autour de lui une communauté d&#8217;acteurs, le faire vivre, exige un véritable savoir-faire, et un soutien public puisque c’est par externalité positive qu’un tel écosystème contribue à la richesse bien plus que par la vente de prestations. L&#8217;Etat doit donc <strong>compléter ses dispositifs verticaux par le soutien à la création et au fonctionnement de tels écosystèmes</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>… à la grande échelle</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">On considère généralement que la France sait produire des entreprises innovantes, mais pas les transformer en grands succès. C&#8217;est pour partie une illusion d&#8217;optique produite par la domination américaine sur les industries numériques, les plus visibles ces dernières années : dans plusieurs secteurs, tels que la grande distribution, l&#8217;énergie, les transports, la restauration collective, les télécommunications… des entreprises françaises font partie des leaders mondiaux et sont considérées comme réellement innovantes. Mais il est vrai que les petites entreprises ont plus de mal qu&#8217;ailleurs à franchir l&#8217;étape des premiers développements commerciaux. Il est également vrai que les grands acteurs ne s&#8217;intéressent pas suffisamment à ce que font les petits : une étude récente montrait que l&#8217;immense majorité des jeunes entreprises issues de la recherche française finissaient par se faire racheter… par des grandes entreprises américaines !</p>
<p style="text-align: justify;">Des réponses ont été proposées depuis longtemps, en particulier autour de l&#8217;idée de faciliter l&#8217;achat de solutions innovantes par les grandes entreprises et les administrations. Mais ceci ne se décrète pas. Là encore, <strong>c&#8217;est en organisant très en amont la collaboration entre les innovateurs et d&#8217;autres acteurs, qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;entreprises de même taille ou de grands partenaires, que l&#8217;innovation technique et économique passera à l&#8217;échelle</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;innovation sociale n&#8217;est pas non plus condamnée à la petite échelle</strong>. Que l&#8217;on pense à Wikipedia, produite par des millions d&#8217;auteurs bénévoles, et devenue un outil de travail quotidien pour des dizaines de millions de gens, dans une cinquantaine de langues ; aux logiciels &laquo;&nbsp;libres&nbsp;&raquo;, donc librement copiables et modifiables, coproduits par des groupes allant d&#8217;une dizaine à plusieurs milliers de programmeurs, qui ont durablement transformé l&#8217;industrie du logiciel ; aux associations de malades, qu&#8217;il s&#8217;agisse du Sida ou de nombreuses &laquo;&nbsp;maladies orphelines&nbsp;&raquo;, qui ont changé le regard sur ces maladies et directement contribué à la recherche médicale, puis au débat sur les médicaments génériques…</p>
<p style="text-align: justify;">Les plates-formes sur lesquelles se fondent les écosystèmes d&#8217;innovation peuvent exister à différentes échelles. L&#8217;action publique doit chercher à les faire exister localement, mais aussi à les fédérer, à faciliter l&#8217;échange et le passage à l&#8217;échelle. Elle peut également <strong>repenser certains dispositifs publics dans l&#8217;objectif de donner plus de place à l&#8217;initiative en leur sein</strong> : ainsi, les systèmes britanniques d&#8217;aide sociale se reconfigurent-ils pour rendre possible l&#8217;individualisation des plans d&#8217;aide. Leur rôle n&#8217;est plus d&#8217;activer un ensemble de services publics désignés à l&#8217;avance, mais d&#8217;assister les personnes dans la construction de leur propre plan, de référencer et labelliser des prestataires (publics, associatifs et privés) et d&#8217;en contrôler la prestation, d&#8217;organiser la cohérence de l&#8217;ensemble, de définir des priorités…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Une condition : développer et défendre de nouveaux « communs »</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;innovation distribuée a besoin d&#8217;un large socle de gratuité et de partage, sans lequel il ne se passera rien : de connaissances, d&#8217;informations et de données, de savoir-faire, d&#8217;outils et d&#8217;espaces d&#8217;échange, d&#8217;infrastructures matérielles et immatérielles.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C&#8217;est un vrai clivage politique</strong>. La privatisation et la marchandisation des éléments vitaux pour l’humanité et pour la planète, s&#8217;étendent désormais aux connaissances, aux cultures, à la santé, à l’éducation, aux communications, au patrimoine génétique, au vivant et à ses modifications… Ces mouvements produisent de la dépendance (alimentaire, sanitaire, culturelle), des monopoles, de la pauvreté et de l&#8217;uniformité. En rejetant la loi Hadopi, en votant au Parlement européen l&#8217;&nbsp;&raquo;amendement Bono&nbsp;&raquo;, en s&#8217;opposant à la brevetabilité du vivant, les socialistes se sont engagés dans une autre voie. Il s&#8217;agit désormais de <strong>considérer le développement, l&#8217;extension et la défense des &laquo;&nbsp;communs&nbsp;&raquo;, ces biens et espaces collectifs accessibles à tous et qui échappent au marché, comme un objectif politique et économique de premier rang</strong>. De ne plus voir le « hors marché » (qui n’est pas « anti marché ») comme résiduel, mais comme premier.</p>
<p style="text-align: justify;">La distinction entre ce qui relève du marché et ce qui relève des communs doit donc faire l’objet d’un débat démocratique majeur. D’ores et déjà, on peut penser à de nombreuses ressources naturelles, aux technologies et aux savoir-faire (médicaments génériques, standards ouverts, logiciels libres, etc.), aux données publiques, à partir desquelles tant de connaissances, de débats et de nouveaux services émergeront, à la connaissance scientifique et à la création : s&#8217;engager en faveur de la &laquo;&nbsp;science ouverte&nbsp;&raquo; et des ressources éducationnelles ouvertes, favoriser des usages ouverts du droit d&#8217;auteur.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les « communs » ont de nombreuses sources</strong>. La nouveauté, peut-être, tient en effet à ce que ces &laquo;&nbsp;communs&nbsp;&raquo; qu&#8217;il devient si important de développer et défendre, ne sont pas nécessairement produits par des acteurs publics. Une politique qui s&#8217;attache au développement des biens communs doit savoir soutenir des projets de toutes origines qui poursuivent cet objectif, qu&#8217;il s&#8217;agisse des &laquo;&nbsp;logiciels libres&nbsp;&raquo;, de manuels scolaires collaboratifs tels que Sesamaths ou de l&#8217;encyclopédie Wikipedia. Elle doit également (comme le font l&#8217;administration Obama ou le gouvernement de Gordon Brown) mettre à disposition les données et les documents que produisent les administrations pour que d&#8217;autres en inventent des usages socialement féconds.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Une exigence : transformer l’éducation et la formation</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans un &laquo;&nbsp;nouveau modèle&nbsp;&raquo; fondé sur l&#8217;accès de tous à des capacités de construire leur présent et leur avenir, la non-linéarité des vies professionnelles doit devenir un but plutôt qu&#8217;une souffrance. Cela ne va pas de soi : aujourd&#8217;hui, la plupart des Français la subissent, soit sous la pression de leurs employeurs, soit au travers de périodes de chômage souvent suivies d&#8217;un déclassement.</p>
<p style="text-align: justify;">Inventer une sécurité professionnelle dans des itinéraires choisis et non subis constitue un objectif politique de premier ordre. Cela passe par des politiques sociales, mais aussi par une politique éducative, tout au long de la vie et qui – contrairement, il faut bien le dire, à la tendance dominante d&#8217;aujourd&#8217;hui – mette <strong>l&#8217;accent sur la créativité et l&#8217;initiative</strong>, tant des enseignants que des apprenants.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous devons profondément transformer les conditions dans lesquelles les Français, tout au long de leur vie, acquièrent, mobilisent et valorisent leurs connaissances et leurs compétences. Nous devons <strong>inclure dans le &laquo;&nbsp;socle de connaissances&nbsp;&raquo; la capacité d&#8217;apprendre de nouvelles connaissances et de transmettre celles que l&#8217;on possède</strong>, ainsi que la capacité – dans un monde où elle surabonde – de rechercher, trier, évaluer, exploiter et transformer l&#8217;information. Les méthodes pédagogiques, du plus jeune âge à la formation continue, doivent davantage <strong>mettre l&#8217;accent sur l&#8217;initiative et la créativité</strong>, sur l&#8217;apprentissage dans l&#8217;action, sur la pluridisciplinarité et sur le travail collectif. En tissant en continu travail et formation et en reconnaissant et valorisant les compétences acquises par l’expérience (y compris hors du cadre professionnel), nous devons <strong>casser la séparation entre l&#8217;acquisition des connaissances (&nbsp;&raquo;périodes de formation&nbsp;&raquo;, voulues ou obligées) et leur mobilisation (&nbsp;&raquo;travail&nbsp;&raquo;). </strong>Nous devons valoriser les connaissances informelles ou issues de l&#8217;expérience.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un impératif : la démocratisation des choix</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">La confiscation de l’innovation par un cartel de grandes entreprises capables d’influencer la décision publique, l’entreprise d’alignement des organismes de recherche et d’enseignement supérieur sur les thématiques ainsi dictées à la puissance publique, à travers la définition bureaucratique de leurs objectifs<a href="#_ftn1">[1]</a>, sont contradictoires avec le développement de la société créative. La reconquête de l’autonomie des chercheurs est donc à l’ordre du jour. Mais autonomie ne peut se traduire par irresponsabilité vis-à-vis de la société. Simplement, <strong>au lieu de vouloir imposer leur agenda aux chercheurs, il faut les associer aux citoyens et aux acteurs économiques et sociaux pour co-produire des agendas de recherche</strong> et rassembler les moyens associés. Les écosystèmes d’innovation et les communs ont eux aussi leurs facette scientifique et technique.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, l’innovation socio-technique nous place face à une alternative entre :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li><strong>l’autoritarisme technologique</strong>, une société où les grands producteurs publics      et privés de technologies dominent les citoyens – c’est-à-dire où plus      personne ne peut plus rien faire sans passer sous les fourches caudines de      dispositifs techniques et organisationnels opaques et distants<a href="#_ftn2">[2]</a> ;</li>
<li>et le <strong>progressisme technologique</strong>, une société où chacun peut s’appuyer sur des      ressources techniques disponibles, notamment mais pas seulement en ligne,      pour renforcer sa puissance d’agir, sans avoir à aliéner ses données      personnelles, son autonomie ni sa liberté.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Ce clivage traverse la sphère technique. Ainsi, l&#8217;internet n’a pas du tout le même sens selon que ce qui transite par les réseaux peut être épié par les opérateurs et censuré par les États ou pas. Les biotechnologies peuvent aliéner les agriculteurs (à l’instar des semences OGM stériles qui nécessitent d’être rachetées chaque année) ou les libérer. De même les nanotechnologies. Il n’y a pas non plus une seule politique d’innovation en matière énergétique : la question du nucléaire, mais aussi celle de la production de l’énergie considérable nécessaire à la production de panneaux solaires, en témoignent. La robotique vue comme une solution à la dépendance peut conduire à la « solitude augmentée » de la personne dépendante rendue autonome, mais aussi invisible, au reste de la société, ou à la « solidarité augmentée » si elle permet à la personne dépendante de réintégrer le corps social.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les choix technologiques sont des choix politiques</strong> – nous ne pouvons l’ignorer au pays du nucléaire. Le financement public de la recherche, l’encadrement éthique de la recherche par la loi, les politiques de soutien à l’innovation et à la diffusion, le choix des filières d’excellence à favoriser en Europe et en France, peuvent aujourd’hui être instrumentalisés par les acteurs dominants de la première branche de l’alternative, ou mis au service du renforcement de la seconde. Nous devons donc <strong>réinvestir politiquement le champ technologique sur un mode qui ne soit pas celui de l’acceptation sociale des technologies<a href="#_ftn3">[3]</a></strong> mais du pilotage unifié de l’innovation technologique et de l’innovation sociale, pour ouvrir une voie politique nouvelle, indispensable à l’émergence de la société créative.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour que les citoyens aient les moyens de participer à ces choix, <strong>les chercheurs doivent enfin assumer un nouveau devoir, celui de diffuser et vulgariser</strong>, considéré comme une nouvelle tâche aussi noble que celle de transmission (l’enseignement) et celle de production (recherche, innovation). Si cela figure dans les statuts de nombreux organismes scientifiques, force est de reconnaître que cela reste trop souvent un vœux pieux, malgré les efforts des pionniers. Cela permettrait par ailleurs d’inscrire dans le paysage institutionnel les riches expériences des universités populaires ou de « tous les savoirs », par exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Un nouveau positionnement de l’action publique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Décrire un &laquo;&nbsp;nouveau modèle de développement&nbsp;&raquo; adapté au monde d&#8217;aujourd&#8217;hui et aux aspirations sociales, ce n&#8217;est pas seulement décrire un état idéal, mais aussi – surtout – un processus. Un processus qui, en son cœur, associe la société et ceux qui la composent à la conception et la production des produits, des services, des cycles économiques, des trajectoires de vie, des politiques publiques. Il ne s&#8217;agit pas seulement de démocratie participative, même si celle-ci doit aussi devenir la norme d&#8217;une action politique socialiste : les citoyens ne sont plus seulement conviés à discuter, mais à imaginer et agir par eux-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Vouloir cela ne signifie pas placer l&#8217;action publique en situation de spectateur et d&#8217;accompagnateur. <strong>L&#8217;intervention publique est indispensable pour fixer des ambitions, proposer des objectifs, créer ou soutenir les &laquo;&nbsp;écosystèmes&nbsp;&raquo; d&#8217;innovation ouverte, développer et protéger les &laquo;&nbsp;communs&nbsp;&raquo;.</strong> Elle doit favoriser les échanges et les interconnexions, aider les initiatives les plus fécondes à s&#8217;appliquer ailleurs, voire à se généraliser. Elle doit aussi jouer un rôle de régulation et d&#8217;évaluation : toutes les innovations ne produisent pas des résultats bénéfiques, et ces résultats s&#8217;observent parfois <em>a posteriori</em> plutôt qu&#8217;<em>a</em> <em>priori</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les leviers traditionnels de l&#8217;action publique, en particulier ceux de l&#8217;État, sont cependant mal adaptés à de tels objectifs. Nous devons <strong>inventer un positionnement différent de l&#8217;action publique</strong> : créer des espaces &laquo;&nbsp;hors marché&nbsp;&raquo; qui visent à mettre le plus grand nombre en capacité d&#8217;agir ; favoriser la diversité des réponses économiques, sociales et écologiques, tous en définissant le cadre dans lequel elles partagent, s&#8217;étendent et trouvent leur cohérence ; soutenir, mutualiser, partager, aider à faire plutôt que faire soi-même. Lorsque l&#8217;État soutient, il doit le faire en confiance, en évaluant certes, mais en admettant également qu&#8217;un projet, qu&#8217;il s&#8217;agisse de recherche ou d&#8217;innovation, est appelé à évoluer, à se transformer dans le temps. Enfin, l&#8217;État doit aussi s&#8217;appliquer à lui-même l&#8217;impératif d&#8217;innovation ouverte. <strong>Sous prétexte de modernisation, la Révision générale des politiques publiques (RGPP) bloque toute innovation à visée autre que comptable et retire tout droit d&#8217;initiative aux fonctionnaires</strong>. Faire confiance à la société commence, pour les acteurs publics, par faire confiance à leurs propres agents !</p>
<p style="text-align: center;"><strong>*</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>*    *</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;objectif écologique s&#8217;ajoute aux enjeux économiques et sociaux pour créer un nouvel ordre de complexité ; la société s’émancipe des institutions publiques et économique : voilà les deux déterminants de la métamorphose en cours. La gauche a tous les atouts pour s&#8217;en saisir et proposer à la France un modèle puissant, novateur, efficace et désirable : la société créative, pour tous.</p>
<p style="text-align: justify;">
<hr style="text-align: justify;" size="1" />
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref1">[1]</a> L’évolution actuelle du monde de la recherche semble s’acharner à ressembler à la vision apocalyptique que dressait – comme un repoussoir – le grand physicien hongrois Léo Szilard dès 1961 : « Créez une fondation, dotée de trente millions de dollars par an. Les chercheurs impécunieux pourraient demander une subvention, à condition que leurs arguments soient convaincants. Organisez dix comités, composés chacun de douze savants, et donnez-leur pour tâche de transmettre ces demandes. Enlevez à leurs laboratoires les savants les plus actifs et nommez-les membres de ces comités. (…) Les meilleurs savants passeraient leur temps dans les comités à transmettre les demandes de subventions. Ensuite, les travailleurs scientifiques impécunieux s’appliqueraient à résoudre des problèmes fructueux qui leur permettraient presque certainement d’arriver à des résultats publiables. Il est possible que la production scientifique s’accroisse énormément pendant quelques années mais, en ne recherchant que l’évident, la science serait bientôt tarie. Elle deviendrait quelque chose comme un jeu de société. Certains sujets seraient considérés comme intéressants, d’autres non. il y aurait des modes. Ceux qui suivraient la mode recevraient des subventions, les autres, non. Et ils apprendraient bien vite à suivre la mode. » (<em>La Voix des Dauphins</em>, Présence du Futur – Denoël, 1962).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref2">[2]</a> Moneo, Sesame Vital ou l’asservissement croissant des personnels d’agences bancaires de proximité à leur système d’information en sont d’excellents exemples puisqu’ils imposent, pour réaliser des échanges locaux, l’utilisation d’un système technique fermé et la sollicitation d’un « centre » distant des acteurs.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="#_ftnref3">[3]</a> Robert Oppenheimer, le père de la bombe atomique, regrettait que les discussions éthiques sur la bombe à hydrogène aient de fait pris fin dès l’instant que la faisabilité de cette dernière eût été démontrée. C’est bien la preuve que la réflexion politique doit irriguer, et non accompagner, le développement technologique : quand la boîte de Pandore est ouverte, on n’a plus le loisir de la refermer – autant ne pas se tromper de boîte !</p>
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		<title>Civilisations numériques : &#171;&#160;La société numérisée : aspirations et enjeux politiques&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Aug 2009 11:36:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Civilisation numérique]]></category>
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		<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Après quelques mois de travail, le groupe "Civilisations numériques" met en discussion une première note, présentée à la direction du Parti Socialiste lors du séminaire de Marcoussis, le 7 juillet 2009. Cette note de cadrage cerne les grands enjeux contemporains liés à la révolution numérique et des réseaux.</p>


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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Après quelques mois de travail, le groupe &laquo;&nbsp;Civilisations numériques&nbsp;&raquo; met en discussion une première note, présentée à la direction du Parti Socialiste lors du séminaire de Marcoussis, le 7 juillet 2009. Cette note de cadrage cerne les grands enjeux contemporains liés à la révolution numérique et des réseaux.</strong></p>
<p><strong><a href="http://laboratoiredesidees.parti-socialiste.fr/wp-content/uploads/2009/08/Lab_societenumerisee_juillet-2009.pdf">Télécharger la note (PDF, 156 Ko)</a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme les autres sociétés développées (et beaucoup d&#8217;autres en développement), la société et l&#8217;économie françaises se sont profondément &laquo;&nbsp;numérisées&nbsp;&raquo; depuis au moins trois décennies. Concrètement, cela signifie que la quasi-totalité des organisations et des processus de travail se sont informatisés ; que la quasi-totalité des relations productives, administratives ou même sociales emprunte au moins pour une part des réseaux de télécommunications ; que la quasi-totalité des informations et des connaissances se produisent, se conservent et s&#8217;échangent sous une forme numérique.</p>
<p style="text-align: justify;">La révolution du numérique et des réseaux accompagne une transformation profonde de nos systèmes de production et d&#8217;échange, des formes concrètes des liens sociaux et interindividuels, de la relation à l&#8217;information et à la connaissance, de la perception de l&#8217;espace et du temps, de l&#8217;exercice du pouvoir et de l&#8217;autorité, et de bien d&#8217;autres choses. Ces transformations venues du social et de l&#8217;économique produisent les technologies d&#8217;aujourd&#8217;hui, autant que l&#8217;inverse. Il y a derrière elles à la fois des rapports de force, des intérêts, des contraintes, et d&#8217;authentiques aspirations.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne pas appréhender ces sujets-là comme des sujets politiques de premier plan revient à s&#8217;interdire de comprendre une partie de l&#8217;économie contemporaine, du changement des modes de vie et du travail, des défis environnementaux, des stratégies géopolitiques ; et à se priver de leviers d&#8217;action essentiels au service d&#8217;une volonté politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la question posée aujourd&#8217;hui est aussi celle de notre capacité à &laquo;&nbsp;faire civilisation&nbsp;&raquo; dans nos sociétés à la fois atomisées et massifiées, physiquement mobiles et socialement stratifiées. Or une civilisation se bâtit avec des outils qui la caractérisent et derrière eux, des capacités à produire et faire partager des connaissances, des symboles, du sens, des lieux et des liens… En se désintéressant des outils contemporains, des capacités qu&#8217;ils confèrent à leurs utilisateurs, de l&#8217;imaginaire qu&#8217;ils véhiculent, on se condamnerait à regretter sans cesse la perte des anciens repères.<br />
<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1. La numérisation de la société&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>… est d&#8217;abord une réalité quotidienne</em> <em>- et le plus souvent choisie – pour des millions de Français.</em></p>
<p style="text-align: justify;">On connaît les chiffres d&#8217;équipement : fin 2008, près de 60% des foyers disposaient à domicile d&#8217;un ordinateur et d&#8217;une connexion internet (la proportion dépasse 75% quand le foyer comprend au moins un enfant scolarisé). 62% des Français de plus de 11 ans, soit 33 millions de personnes, utilisaient régulièrement l&#8217;internet à domicile, au travail ou les deux. Plus de 90% des Français possèdent également un téléphone mobile.</p>
<p style="text-align: justify;">On connaît moins l&#8217;importance que cet usage prend dans la vie quotidienne. Chaque internaute se connecte environ 24h par mois, soit environ deux journées – une réallocation du budget-temps sans précédent par sa rapidité et son ampleur, et désormais comparable aux 80 heures passées devant la télévision. Chaque abonné mobile communique 3 heures par mois et envoie 53 SMS en moyenne. Le tout alors que les mobilités physiques continuent d&#8217;augmenter : contrairement à ce que l&#8217;on affirme parfois, le &laquo;&nbsp;virtuel&nbsp;&raquo; ne remplace pas le &laquo;&nbsp;réel&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Au travail, les deux tiers des salariés utilisent un ordinateur – pour la grande majorité d&#8217;entre eux, pendant au moins la moitié de leur journée de travail. Bref, le numérique forme la base d&#8217;une recomposition profonde de nos rythmes, de nos liens sociaux, de notre travail et dans une moindre mesure, de nos pratiques culturelles ou de consommation.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>La numérisation des organisations et de l&#8217;économie, une révolution méconnue</em></p>
<p style="text-align: justify;">La numérisation a également transformé le système productif, ainsi que le fonctionnement des organisations. Nous nous le rappelons quand il est question du &laquo;&nbsp;bug de l&#8217;an 2000&#8243;, ou quand une cyberattaque bien coordonnée paralyse pendant quelques jours un pays comme l&#8217;Estonie : nous dépendons des systèmes numériques, au point que ceux-ci deviennent des cibles militaires. Mais nous n&#8217;observons pas suffisamment ce que cela signifie au quotidien.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous nos systèmes administratifs et de gestion sont informatisés. Il en va de même des systèmes de distribution et de logistique (avec pour objectifs la réduction des stocks, le &laquo;&nbsp;juste à temps&nbsp;&raquo;…) et désormais, des systèmes de conception (modélisation) et de production industrielle (distribution de la production dans des centres répartis dans le monde entier, mais aussi différenciation, voire personnalisation des produits).</p>
<p style="text-align: justify;">Un service, un produit, un bâtiment, un quartier… se conçoivent désormais d&#8217;abord de manière numérique. Leur production est pilotée par des dispositifs numériques. Leur exploitation quotidienne aussi. Cette numérisation produit à son tour de nouvelles formes, de nouvelles possibilités, de nouveaux agencements – et bien sûr de nouvelles tensions. Elle  peut, en particulier, aboutir à figer des organisations, des processus, des manières de faire, ralentissant toute innovation tout en déresponsabilisant les individus.<span id="more-397"></span></p>
<p><strong>2. Une mutation économique, sociale, politique, culturelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Une transformation qualitative autant que quantitative</em></p>
<p style="text-align: justify;">On ne peut cependant pas résumer la numérisation de l&#8217;économie à la recherche de gains de productivité – c&#8217;est d&#8217;ailleurs le sens du fameux paradoxe de Solow, selon lequel &laquo;&nbsp;on voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité&nbsp;&raquo;. L&#8217;informatisation et la mise en réseau contribuent plutôt à transformer les mécanismes et les circuits économiques : transformation des produits, de plus en plus composés d&#8217;assemblages de produits et de services élaborés en partenariat entre des acteurs différents ; augmentation de la part du coût de conception par rapport aux coûts de production ; personnalisation croissante des produits et services ; répartition mondiale de la production et désormais de la conception ; tertiarisation des emplois (beaucoup d&#8217;entreprises industrielles ont plus d&#8217;employés &laquo;&nbsp;tertiaires&nbsp;&raquo; que &laquo;&nbsp;secondaires&nbsp;&raquo;)…</p>
<p style="text-align: justify;">Cette économie repose de plus en plus sur la capacité d&#8217;innovation des entreprises. Mais paradoxalement, la puissance des réseaux a pour conséquence qu&#8217;une innovation ne procure plus un avantage concurrentiel durable. Les bénéfices privés d&#8217;une protection étroite de la propriété intellectuelle ne compensent plus toujours son coût collectif : d&#8217;où le retour d&#8217;une réflexion économique – proprement de gauche – sur la connaissance comme bien commun.<br />
<em><br />
Des mutations économiques aux mutations du travail</em></p>
<p style="text-align: justify;">Cette économie repose également sur une transformation permanente – et pour les individus, profondément ambivalente – du contenu des emplois et des itinéraires professionnels.</p>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;agissant du contenu des emplois, on assiste, pour simplifier, à un double mouvement contradictoire. D&#8217;un côté, un appel à l&#8217;initiative et la responsabilité, un fonctionnement par projets, qui touchent des salariés bien au-delà du cercle habituel des cadres. Cet appel s&#8217;appuie largement sur les capacités d&#8217;initiative et d&#8217;échange qu&#8217;ouvrent les outils numériques dont sont dotés presque tous les &laquo;&nbsp;cols blancs&nbsp;&raquo; et même certains cols bleus. Mais la formation, la confiance, les rémunérations, voire l&#8217;autonomie, ne suivent pas nécessairement et ne compensent donc pas l&#8217;accroissement du stress des salariés. Et tous les salariés ne sont pas en mesure de suivre ce mouvement.</p>
<p style="text-align: justify;">De l&#8217;autre côté, l&#8217;informatisation tend également à tayloriser certains emplois tertiaires, à y introduire des procédures, des contrôles, des indicateurs de productivité et un degré de surveillance qui caractérisaient auparavant les chaines de montage plutôt que les bureaux. Les fameux centres d&#8217;appels illustrent ce mouvement jusqu&#8217;à la caricature, mais il apparaît bien plus répandu – et lorsqu&#8217;il se combine avec l&#8217;invitation à l&#8217;initiative et la créativité, il produit une certaine perte de repères.</p>
<p style="text-align: justify;">En contribuant à un renouvellement accéléré du contenu des emplois, la numérisation rend aussi les itinéraires professionnels beaucoup plus discontinus qu&#8217;auparavant. On estime que XX% des emplois d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;existaient pas il y a 20 ans. Cela suppose d&#8217;accompagner une mobilité professionnelle accrue, au sein d&#8217;une entreprise, d&#8217;une entreprise à l&#8217;autre, voire dans des configurations de plus en plus complexes à la lisière du salariat et du statut d&#8217;entrepreneur individuel. Cela suppose aussi de former en permanence et tout au long de la vie, mais dans des contextes nouveaux où le contenu de l&#8217;emploi se définit presque en même temps que la formation : la différence entre travail et formation s&#8217;atténue. Enfin, il devient indispensable d&#8217;apprendre à collaborer, à travailler avec d&#8217;autres dans des configurations sans cesse mouvantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces évolutions pourraient avoir un caractère libérateur. Elles enrichissent le contenu du travail, donnent aux individus plus de pouvoir sur leur destin, offrent des perspectives d&#8217;évolution ; elles nécessitent une qualification accrue, quoique difficile à définir. Mais les protections dont bénéficient les salariés fonctionnent très mal dans ce nouveau cadre et force est de constater qu&#8217;à quelques exceptions près, les employeurs comme les Etats ne se précipitent pas pour inventer celles qui s&#8217;adapteraient à ce contexte. Il y a là un beau défi politique : tirer le meilleur de cette transformation du travail, sans en faire le véhicule d&#8217;une précarisation généralisée.</p>
<p><strong>3. Des mutations désirées autant que subies</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Des aspirations sociales nouvelles qui s&#8217;expriment au travers du numérique</em></p>
<p style="text-align: justify;">Plus de 18 millions de Français sont à un titre ou à un autre des &laquo;&nbsp;contributeurs&nbsp;&raquo; sur l&#8217;internet : ils publient leur blog (20% des internautes, mais 48% des 12-17 ans et 42% des étudiants), partagent des photos ou des vidéos en ligne, écrivent des commentaires sur les blogs des autres, contribuent à des sites collectifs tels que Wikipedia, donnent leur avis sur des produits ou services&#8230; 6 millions de Français disposent d&#8217;un profil personnel sur un &laquo;&nbsp;site social&nbsp;&raquo; tel que Facebook.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces chiffres expriment une aspiration puissante à construire son propre destin et sa propre identité sociale, à s&#8217;exprimer, à entrer en relation avec le monde, voire à s&#8217;engager pour des causes, même si c&#8217;est de manière ponctuelle – on pense à l&#8217;importance du web pendant la campagne référendaire européenne ou celle de Barack Obama. Ils expriment également une moindre soumission aux autorités politiques, morales ou médiatiques, un désir de partager entre pairs, de chercher ensemble des solutions à des situations partagées, voire à produire soi-même, grâce aux outils que le numérique place entre les mains de chacun, des &laquo;&nbsp;alternatives concrètes&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Tant les entreprises que les médias et les institutions sont touchées par cette aspiration, qui ne conduit pas les Français à les rejeter, mais plutôt à établir avec eux un dialogue plus équilibré et plus exigeant.</p>
<p><em>Des inégalités renforcées, mais pas vraiment nouvelles</em></p>
<p>La &laquo;&nbsp;fracture numérique&nbsp;&raquo; ne sépare pas simplement ceux qui savent et peuvent accéder aux outils numériques et à l&#8217;internet, de ceux qui en sont empêchés. Parmi les 37% de Français qui n&#8217;utilisent pas l&#8217;internet, certains sont vraiment limités par leurs moyens ou leurs compétences, tandis que d&#8217;autres ont tout simplement choisi de ne pas s&#8217;en servir. Certains écarts  d&#8217;équipement se comblent de manière spontanée (entre hommes et femmes, plus lentement entre générations), tandis que d&#8217;autres (entre niveaux d&#8217;éducation particulièrement) demeurent importants. On constate en revanche que les utilisateurs les plus intensifs, ceux qui exploitent le plus grand nombre de ressources de l&#8217;internet, sont beaucoup plus éduqués et dans une moindre mesure, plus aisés et plus jeunes que la moyenne. Ces internautes se connectent plus fréquemment et font de tout plus que la moyenne. Les autres tendent à concentrer leurs usages sur un plus petit nombre de pratiques.</p>
<p>La &laquo;&nbsp;fracture numérique&nbsp;&raquo; apparaît plutôt comme un symptôme d&#8217;autres fractures &laquo;&nbsp;sociales&nbsp;&raquo;, plutôt qu&#8217;un phénomène autonome. Elle exprime d&#8217;une autre manière les difficultés d&#8217;adaptation des populations isolées ou fragilisées, ou de celles dont le rapport à l&#8217;écrit et à l&#8217;abstraction est difficile, aux évolutions rapides de la société dont le numérique est à la fois l&#8217;outil et le catalyseur.<br />
Dans ce contexte, développer l’accès et la formation au numérique est nécessaire, mais nullement suffisant. La question qui compte est celle des capacités dont disposent les individus pour exprimer leur potentiel, vivre leur vie, participer à la vie sociale, dans une société devenue, entre autres, numérique.</p>
<p><strong>4. Appréhender politiquement la numérisation</strong></p>
<p><em>Le développement du numérique comme enjeu politique…</em></p>
<p>Devenu l&#8217;une des &laquo;&nbsp;infrastructures critiques&nbsp;&raquo; de la société et de l&#8217;économie, le numérique devient donc un enjeu politique à part entière.</p>
<p>Parmi les questions qui se posent :<br />
•    L&#8217;orientation et la régulation du &laquo;&nbsp;progrès&nbsp;&raquo; scientifique et technologique, le principe de précaution et son avenir ;<br />
•    Le caractère plus ou moins ouvert et émancipateur du mode de développement des sciences et technologies : pour simplifier, le modèle extrêmement ouvert de l&#8217;internet est-il une parenthèse historique, ou bien a-t-il vocation à s&#8217;étendre à d&#8217;autres domaines ? Et dans les deux cas, qu&#8217;en penser, que souhaiter ?<br />
•    Les enjeux et les transformations de l&#8217;économie face à la montée de sa part &laquo;&nbsp;immatérielle&nbsp;&raquo;, et en particulier des enjeux autour de la propriété intellectuelle et du développement des biens communs ;<br />
•    Les nouvelles &laquo;&nbsp;lignes rouges&nbsp;&raquo;, en particulier dans le domaine de la vie privée et de la surveillance ;<br />
•    L&#8217;accès, non pas seulement aux technologies, mais aux services et ressources-clés dont chacun a besoin – autrement dit, les conditions de l&#8217;inclusion sociale dans une société profondément &laquo;&nbsp;technicisée&nbsp;&raquo; et connectée ;<br />
•    Les nouvelles infrastructures communes (par exemple, les réseaux de communication, mais peut-être aussi certaines infrastructures d&#8217;information) et les choix collectifs qui pourraient leur être appliquées.</p>
<p><em>… et comme opportunité de transformation</em></p>
<p>Mais, dès lors qu&#8217;on appréhende le numérique comme le support de transformations qualitatives et le moyen d&#8217;expression d&#8217;aspirations sociales profondes, une approche politique pourrait également s&#8217;appuyer sur cette dynamique pour faire émerger de nouvelles alternatives :<br />
•    Aller vers la co-conception et la co-production de services collectifs avec les citoyens, les associations, et toutes sortes de communautés, outillés par le numérique et les réseaux (bien au-delà de la démocratie participative) ;<br />
•    S&#8217;appuyer sur ces outils et ces dynamiques pour imaginer d&#8217;autres réponses à certains grands défis : le vieillissement (au-delà des solutions paramédicales, comment reconstruire du lien social, de l&#8217;autonomie, de l&#8217;entraide au niveau local, de l&#8217;échange entre les générations ?&#8230;), l&#8217;environnement (comment rendre les enjeux environnementaux sensibles, faire participer les gens à la mesure, à la production de connaissances, à l&#8217;invention d&#8217;alternatives ?&#8230;), etc.<br />
•    Favoriser la formation tout au long de la vie et la sécurisation des parcours professionnels, au travers de dispositifs de reconnaissance des compétences informelles, d&#8217;un accès facilité aux connaissances, de nouveaux modes d&#8217;apprentissage et de travail collectif…<br />
•    Exploiter les nouvelles formes de coordination à grande échelle qui s&#8217;appuient sur le numérique (Wikipedia, les grandes campagnes politiques, le Forum social mondial, le mouvement du logiciel libre…) pour faire émerger d&#8217;autres mécanismes collectifs pérennes, entre le marché et l&#8217;intervention publique…</p>
<p><em>&laquo;&nbsp;Faire civilisation&nbsp;&raquo; dans une société numérique</em></p>
<p>Quand Nicolas Sarkozy parle de &laquo;&nbsp;civiliser&nbsp;&raquo; l&#8217;internet, il entend le contrôler, le ramener au mode de fonctionnement des médias et des circuits économiques du XXe siècle. En rejetant la loi Hadopi, en votant au Parlement européen l&#8217;&nbsp;&raquo;amendement Bono&nbsp;&raquo;, le PS s&#8217;est engagé dans une autre voie, mais il lui manque encore la doctrine positive qui lui permettra, en l&#8217;explorant plus avant, de proposer une alternative politique moderne et socialiste à la fois.</p>
<p>Il ne s&#8217;agit ni de dénoncer, ni de célébrer en bloc les transformations associées au numérique, mais de tâcher d&#8217;en comprendre la genèse, les facteurs, les leviers, les acteurs – pour en dégager les risques, mais également le potentiel :<br />
•    Qu&#8217;est-ce qui, dans les transformations contemporaines, est le produit de stratégies de domination ou d&#8217;authentiques aspirations sociales ? Qu&#8217;est-ce qui trace le partage entre un changement aliénant et un changement libérateur ? La ligne est-elle la même pour tout le monde ?<br />
•    Comment faire en sorte que le numérique produise de l&#8217;émancipation, de l&#8217;autonomie, de la solidarité, de la justice et du lien? Comment s&#8217;appuyer sur les énergies qui s&#8217;emparent aujourd&#8217;hui du numérique pour produire des alternatives, et les mettre au service d&#8217;objectifs collectifs ?</p>
<p>La technologie n&#8217;est pas le seul moyen de répondre à ces questions, loin de là. Mais elle est dans la plupart des cas au principe des transformations contemporaines – comme cause ou effet, comme levier ou catalyseur, c&#8217;est selon. Et toute alternative se fonde donc, entre autres choses, sur un autre chemin de développement, d&#8217;appropriation ou de régulation des technologies et de leurs usages.</p>
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